UPL ou le désespoir créatif d’une prof d’arts plastiques, épisode 4.

Mon séjour à l’UPL continue. Cela fait bientôt trois semaines que je suis coincée dans cet établissement psychiatrique. Entre les clopes dans la cour, les potes et les activités qu’on organise nous-mêmes, on essaie de ne pas devenir dingue. Quoique, avec tous les cachets qu’on avale par jour, la sobriété, j’suis plus trop sûre.

Prise de conscience trop de cachets en UPLDans l’UPL, l’heure des cachets tombe en même temps que celle des clopes. Entre les pauses cigarette dans la cour et les activités qu’on s’organise nous-mêmes parce que faut pas rêver dans les hôpitaux pour pauvres, on nous apprend la « sobriété »… en devenant dingue.
Bienvenue dans le quotidien absurde et trop réel des Unités Psychiatriques Légères.|

Marie, jeune patiente lesbienne en psychiatrie, jouant au ping-pong et tirant sur sa clope electronique dans la salle commune.

Après les clopes et les cachetons obligatoires, je rejoignais Marie à la salle de ping-pong… quand elle n’était pas fermée pour cause de « manque de personnel ».
Même pas fan de ce sport à la con, mais c’était ça ou continuer à fixer les murs en attendant le prochain traitement.
Bienvenue en UPL, où on nous occupe comme des enfants en garderie psychiatrique.

Audrey patiente en psychiatrie utilisant un rateau dans la cour bétonnée de l'hôpital.

 

Ma meilleure pote débarque de Suisse avec un sac de 15 kilos d’Ovomaltine comme si j’étais en cure thermale à Chamonix.
« Pardon, c’est la grosse loose ici ? Ils vous font du yoga ?

Ça détend vachement ! »
J’étais en pleine dépression, à deux doigts de la crise existentielle… et pourtant, à cet instant précis, j’ai su que j’allais survivre.
Grâce à l’amitié et la sororité.
Ma copine suisse qui adore le yoga de Ovomaltine pendant mon séjour à l'hôpital.

 

Patient en psychiatrie demandant une permission de sortie aprés la visite d'une amie.

 

Discussion avec les amis en psychiatrie avec une possible permission sous l'accord du psychiatre en fin de semaine.

Après mon rendez-vous avec le psy, j’étais persuadée que j’allais enfin sortir deux jours.
J’étais loin d’imaginer que cinq minutes plus tard, le Big Boss allait replonger direct dans le bordel : clopes, Ovomaltine à volonté et faux espoirs.
Même en UPL, la loose ne prend jamais de vacances.

Mais j’étais comme une dingue! J’allais sortir de cet enfer, j’étais sur mon petit nuage de cachets et d’espoir.

Je suis allée annoncer la nouvelle à Marie-Pierre qui était toujours cloitrée dans sa chambre, les cadenas toujours accrochés fermement aux placards de sa chambre.

http:// »https://www.youtube.com/watch?v=r1CcC284qJo

Instant pub, Ovomaltine 1984…

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UPL

UPL

J’ai retrouvé Marie-Pierre dans la salle télé, la seule réellement ouverte avec BFM en boucle.

Nous nous sommes assises toutes les deux et avons commencé à lire ce torchon.

 

Dans une société où l’argent coule à flots chez ultra-riches et où l’enculade est devenue le nerf de la guerre, où les plus altruistes se suicident, je ne trouve plus aucun sens.

Ici, les familles riches se déchirent les miettes d’un empire défunt sur l’autel de la débauche, du pouvoir et du ressentiment. On ne dialogue plus : on s’envoie des textos. Les populations les plus précaires crèvent dans l’indifférence générale, et il faut une force mentale surhumaine quand on n’a ni socle familial ni assise affective pour survivre dans ces endroits. Cette société se brise, se délite, et personne ne semble vouloir la retenir. Les UPL en sont le miroir le plus prégnant.

Les voix qui s’élèvent s’évaporent dans nos feeds Instagram, où l’on expose le meilleur et où, si l’on creuse, surgit souvent le pire. Renaud chantait « Société, tu m’auras pas ».  Mon père le reprenait dans sa 4L rouge, nous chantions avec lui. Cette société, elle nous l’a mise bien profond. Et si tu souffres de maladie mentale encore plus.

Quelle tristesse. Les seuls qui restent vraiment unis, savent que l’amitié, la sororité et la fraternité sont les véritables socles, pas l’argent. L’entraide et la coopération en sont les piliers. C’est précisément ce qui exaspère nos politiques. Il est tellement plus facile de diviser pour régner, de bâtir son pouvoir sur un socle cadavérique qui fait crever les faibles et enrichit encore les plus riches.

Le mouroir où j’ai passé quatre semaines… Ce questionnaire infernal rempli à la sortie avec Marie-Pierre. Elle savait qu’elle ne partirait pas. Cet endroit froid, austère et cadenassé serait sa dernière maison. Le plus poignant reste son regard plein de tendresse posé sur moi. Quelle case cocher pour la maltraitance ? Pour l’intolérance ? Pour annoncer une mort prochaine ? Aucune.

Nous l’avons rempli toutes les deux, les yeux dans les yeux.

J’en suis sortie en signant une décharge qui, je le savais, m’éloignerait temporairement de mon fils. Reconstruction en tant que femme bipolaire, perte totale de repères : tout tournait autour de lui. C’est pour lui que j’avais enduré cette souffrance psychologique… Et c’est elle qui m’avait menée dans cet enfer, ce purgatoire pour âmes abandonnées par leur famille, leur conjoint, leur mari et la société entière.

Une fois les papiers signés, ils ont vidé ma chambre et m’ont pressée de partir, comme si j’avais franchi une ligne interdite, comme si la foudre m’avait frappée. J’ai dit au revoir à Jess, Aurélie, Marie-Pierre et les autres, puis j’ai quitté cet endroit en laissant derrière moi la désolation d’une société qui refuse de regarder sa propre misère psychique.

J’ai pris un dernier repas sur la terrasse avec ma petite belle-fille, son copain et l’homme avec qui j’avais vécu la plus grande histoire de ma vie : neuf ans. Ce n’est pas rien, pour une bipolaire qui ignorait qu’elle l’était. Ensuite, je suis partie chez ma meilleure amie. Celle qui m’a nourrie, hébergée, qui m’a laissée dormir quand d’autres m’ont arraché les clés de ma propre maison. Celle qui a géré le déménagement pendant que d’autres jetaient mes affaires sous la pluie.

Fin.

 

Dessins et textes By Paulette

https://www.instagram.com/celineenserio/

Liens:

Roman et interview Laetitia Bocquet:

https://www.laprocure.com/product/1030367/bocquet-laetitia-comment-survivre-en-hopital-psychiatrique-en-fumant-des-tonnes-de-cigarettes

https://www.psychologies.com/Moi/Problemes-psy/Troubles-Maladies-psy/Articles-et-Dossiers/A-17-ans-j-ai-ete-internee-en-hopital-psychiatrique

https://www.youtube.com/watch?v=Bs_kIoGjGFI » target= »_blank » rel= »noopener

Roman et interview Claire Le Men:

https://www.editionsladecouverte.fr/le_syndrome_de_l_imposteur-9782348043468

https://cma-legal.com/les-interviews-darmide-claire-le-men-auteur-illustratrice-et-ancienne-interne-en-psychiatrie/

https://www.youtube.com/watch?v=3RX8tUyE9xk

https://www.clairelemen.com/

Roman et interview Susanna Kaysen:

https://www.penguinrandomhouse.com/books/90573/girl-interrupted-by-

susanna-kaysen/

https://www.youtube.com/watch?v=LkxmJUvwKt4

 

Pour aller plus loin…

Si mon témoignage t’a parlé et que tu veux creuser le sujet des hospitalisations en psychiatrie, voilà quelques ressources sérieuses et utiles

https://www.psycom.org/ Infos claires et fiables sur la santé mentale.

https://www.unafam.org/ Soutien aux personnes et aux familles touchées par les troubles psychiques.

https://www.advocacy.fr Défense des droits des usagers en psychiatrie.

https://www.fnapsy.fr Fédération des associations d’usagers en psychiatrie.