Le Couronnement de Poppée à l’Opéra de Lyon

Les Castagnettes de Carmen # 59

Le Couronnement de Poppée de Monteverdi à l’Opéra de Lyon du 15 au 28 juin

On se doutait déjà que l’empereur Néron n’était pas totalement sympathique. La dernière production de la saison de l’Opéra de Lyon nous fait découvrir que sa maîtresse et future épouse Poppée ne l’était pas non plus. Traitres et meurtriers cyniques, ivres de pouvoir, les deux figures impériales devraient susciter une juste répulsion. Leur communauté d’ignominie est d’ailleurs soulignée dans cette belle mise en scène de Tatjana Gürbaca, puisqu’ils apparaissent sous des apparences similaires : longue chevelure rousse, vêtements scintillants mais aussi voix dans les aigus puisque, plutôt que par un ténor comme il est d’usage, Néron est ici interprété par un contre-ténor (Iurli Iushkevich, excellent) dont la tonalité s’approche de celle de la soprano Giulia Scopelliti, tout aussi excellente, qui joue Poppée.

2025/2026

Poppée et Néron devraient susciter la répulsion, a-t-on dit : le conditionnel est là pour souligner le doute — sont-il et elle responsables de leur conduite ? — introduit dès le prologue par un débat entre, respectivement, les divinités Vertu, Fortune et Amour quant à leurs pouvoirs respectifs. S’il est bien évident que Vertu est désormais une « Déité en qui nul ne croit », Amour prétend être la plus puissante et en offre la démonstration dans le récit qui suit. C’est en effet sous son influence directe — et avec un coup de main de Fortune — que Poppée abandonne son époux Othon (Alexander de Jong), pourtant éperdument amoureux d’elle, pour Néron qui, de son côté, entend répudier son épouse Octavie (Jenny Anne Flory) qu’il accuse d’être frigide et stérile. Ce jeu de trahisons sentimentales prend une tournure plus violente lorsque Néron commande la mort de son professeur Sénèque (Hugo Santos), qui condamne son mépris des lois, puis lorsque Octavie demande à Othon d’assassiner Poppée, ce dont il se révèle incapable : bien qu’il ait depuis donné son amour à Drusilla (Eva Langeland Gjerde), il reste épris de son ancienne compagne. Si le livret voit Othon, Drusilla et Octavie condamnés à l’exil loin de Rome, la présente mise en scène s’achève dans un bain de sang, ce qui ne rend que plus perturbant le magnifique duo amoureux de Néron et Poppée qui clôt la pièce en prouvant le triomphe d’Amour.

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Une lecture plus politique de l’œuvre suggèrerait que ce n’est pas seulement par amour, mais aussi par ambition, que Poppée a abandonné Othon pour Néron, mais ce n’est pas la piste choisie par cette mise en scène qui insiste plutôt, malgré sa noirceur, sur le potentiel de fantaisie de l’œuvre. Le jeu permanent sur les identités sexuelles, dans les costumes et les voix, introduit une distance bienvenue avec ce qui est à la base, et donc désormais bien loin de nous, une relecture de l’antiquité romaine par la Renaissance italienne. De même, la reprise par le chef Simon-Pierre Bestion de l’orchestration de Philippe Boesmans (qui date de 2012) et l’interprétation sur instruments modernes évitent de figer l’œuvre dans un passé révolu ou de la lancer dans une vaine quête d’authenticité musicale.

Le Couronnement de Poppée est un des rares opéras du répertoire à livrer un récit totalement immoral, puisque ce sont de puissants « méchants » qui triomphent à la fin tandis que les « gentils » sont injustement punis. Que cela soit grâce aux manœuvres d’Amour invite à considérer cette divinité d’un œil plus que circonspect à l’approche de l’été…

Carmen S.

(c) Jean-Louis Fernandez

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