Le chant du mouvement

J’ai étudié les boucles serrées à la base de ta nuque
qui s’éloignaient de moi
par-delà les colères et l’échec
ton visage aux cours du soir des désirs
empilant les matins de vœux et de maturité
nous nous disions toujours au-revoir
dans le sang dans les os au goût de café
avant de nous jeter dans l’ascenseur en partance
sans au-revoir.

Ne te souviens pas de moi comme un pont ni un toit
comme la faiseuse de légende
ni comme une porte
piégée sur le monde
où les clercs noirs et blancs
s’accrochent aux récifs de la beauté dans les ascenseurs de dix-sept heures
tordant l’épaule à l’esquive des chairs voisines
et désormais
quelqu’un peut parler d’eux
qui s’éloigne de moi dans les lendemains
matins de vœux et de maturité
ton au-revoir est une promesse de lumière
dans la main du dernier ange
malvenu et menaçant
les sables se sont épuisés contre nous
nous avons été récompensées de voyages
loin l’une de l’autre
vers les désirs
vers les matins seules
où l’excuse et l’endurance se fondent
pour prendre une décision.

Ne te souviens pas de moi
comme un désastre
ni comme la gardienne des secrets
je suis une voisine de wagon à bestiaux
qui te regarde
sortir lentement de mon lit
disant qu’on ne peut pas perdre notre temps
seulement nous-mêmes.

Traduction : Marc Uhry

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