On a vu la bossa, le mouvement MPB – Musique Populaire Brésilienne, les chants d’invocation des cultes afro-brésiliens, mais dans ce pays-continent, la musique est aussi luxuriante que la végétation.
Encore tout un univers avec Airto Moreira.
Il n’est pas programmé pour devenir l’un des plus grands et des plus influents batteurs et percussionnistes internationaux de l’histoire du jazz. Il naît en 1941, dans la ville moyenne de Itaiópolis, au nord de l’Etat de Santa Catarina, disons un peu au sud et un peu au milieu du Brésil, loin des grands pôles urbains. Ses parents sont des guérisseurs populaires, imprégnés des cultures et sagesses de toutes ces origines qui constituent le Brésil.
Encore enfant, il montre d’étonnantes dispositions pour les percussions. Il devient musicien professionnel à seulement 13 ans. Vous avez bien suivi, on est en 1954, la scène mondiale du jazz vibre encore des répliques de la secousse sismique du Be Bop, la recherche savante de l’élaboration musicale comme une manière de revisiter les racines propres aux musiciens. Alors un premier groupe et un premier album, il forme avec d’autres le Sambalanço Trio qui invente la rencontre entre la Samba et le Jazz. 5 albums et stop. Puis le Quarteto Novo, un album. Il épouse la chanteuse Flora Purim et la suit lorsqu’elle part faire carrière à New-York. Il a 26 ans, déjà 7 albums derrière lui et il a inventé quelques genres musicaux.
Rapidement, il y rencontre Miles Davis, qui à ce moment-là travaille à incorporer du rock et des synthés dans son jazz. Airto Moreira l’accompagne dans cette démarche d’invention de ce qui deviendra le jazz fusion. Il participe à l’enregistrement de l’album fondateur Bitches Brew, puis suit Miles Davis dans la tournée consécutive en 1970.
Mais il est curieux, et dès l’année suivante il bifurque vers de nouvelles aventures, pour un album avec Wayne Shorter. Et l’année encore d’après, en 1972, il enregistre deux albums avec Chick Corea, le prince du latin jazz.
Boulimique et curieux de tout, on le retrouve ensuite avec Grateful Dead, à jouer dss percus sur le tube spatio-funk de Deodato : Also Sprach Zarathustra.
Mais il ne quittera jamais le jazz qu’il contribue à élargir avec John McLaughlin, Keith Jarrett, Paul Desmond et tant d’autres grands noms.
A 85 ans, il vit à Los Angeles avec sa femme Flora Purim, toujours la même, l’amour de sa vie, qu’il a bien fait de suivre, au final. On peut grandir ensemble et se nourrir les uns les autres plutôt que l’un de l’autre
