L’armée ludique des douze Intergalactiques

Affiche Festival Intergalactiques 2024, à Lyon

 

Au carrefour des sciences « exactes », des sciences humaines et de la culture populaire, les Intergalactiques prendront leurs quartiers lyonnais du 18 au 23 avril 2024. Intriquant questions sociétales et pop culture sous la triple modalité de la mise en images, de la mise en récits et de la mise en discussions, le festival a choisi pour thème de sa douzième édition “Du Pain et des Jeux”, histoire de mettre en questions le sport, la compétition et le divertissement de masse… tout un programme !

Tables rondes, conférences, salon du livre, brocante geek, projections cinéma, jeux de rôle, ateliers d’écriture, expos, réalité virtuelle, création et micro-édition, jeux vidéo… Les Intergalactiques s’imposent au fil des années comme un rendez-vous incontournable pour les aficionados de Science Fiction, dans le sillage de leur grande soeur de Nantes, les Imaginales, qui souffleront quant à elles leur 23ème bougie en mai prochain.

Fort d’une trentaine d’invités nationaux et internationaux venant du champ littéraire, cinématographique, radiophonique, du monde de la recherche ou des jeux vidéo, de la BD ou du journalisme scientifique ; le festival offrira un large panorama de points de vue pour défricher sa thématique annuelle : du pain et des jeux. Manière, en cette olympique année, d’inventorier les très nombreuses explorations de la SF dans les champs d’opium du peuple et de cartographier les mille et une mutations de la société du spectacle afin de divertir les masses et de délasser les puissants. Des Chasses du Comte Zaroff à Rollerball en passant par Le Prix du Danger, la SF s’est en effet constituée depuis belle lurette comme un laboratoire des loisirs humains et post-humains.

 

Affiche film Rollerball - festival intergalactique 2024

Quid panis et circenses pour les gladiateurs de l’anthropocène ?

De Homo Ludens de Johan Huizinga à Les Jeux et les Hommes de Roger Caillois, nombreux ont été les penseurs à souligner la nature intrinsèquement ludique de l’espèce humaine. Précisons avec ce dernier : « le jeu est une activité sérieuse, éducative, pédagogique, qui contribue au développement affectif, sensori-moteur, cognitif, moral, intellectuel et social de l’enfant d’une part (c’est l’optique de la psychologie du développement), au développement des plus hautes manifestations de la culture d’autre part. » C’est dire si le jeu est consubstantiel à notre humanité et s’il a contribué à son édification. Ce qui a même fait dire à Attila Jozsef : « les hommes qui ne savent pas jouer me font peur« . Cela posé, il semble qu’au siècle du capitalisme triomphant, quelque chose s’est déréglé. La course à l’échalote vers la performance et vers l’augmentation de l’humain a accouché de quelques monstres…

 

 

 

Science fiction et futur du sport

Modifications corporelles et dopage, bonne fortune, règles et triche dans l’imaginaire, goût pour les bichons de synthèse du cosplay ou pour les pitbulls overbuildés et ultraviolents du free fight… invétérée de distractions, de records et de performances, l’espèce humaine, a fortiori dans ses sphères gâtées ignorant la guerre, n’est jamais en reste, même à l’heure de l’effondrement, pour creuser et relifter le filon de l’arène – qu’elle soit stade, ring ou circuit ; qu’elle combine épreuves sur terre, en l’air ou dans l’eau ; avec des corps augmentés ou non, naturels ou synthétiques. Pour preuve, elle décline aujourd’hui son ludique tropisme jusqu’à la scène très pourvue des e-sports, dont les champions s’affrontent désormais en mondiovision pour des cashprizes en millions de dollars.

Pour une bonne synthèse des enjeux des jeux en cours, rendez-vous donc aux Intergalactiques dès le 18 avril et, en avant-première à la Coopérative du Zèbre, mercredi 10 mars à 20 heures, pour une rencontre avec Rafu Colson, érudit du genre et cheville ouvrière du festival. Parés à la mise en orbite…

Marco Jéru

Présentation de l'édition 2024 du festival de Science fiction : les Intergalactiques