#9 – Mohammed Rezuwan – Torrents de larmes

Mohammed Rezowan, Birmanie (Myanmar), minorité Rohingya, réfugié au Bengladesh (selon Amnesty International 800 000 Rohingya ont fui les violences génocidaires au Myanmar). Le poème a été écrit en 2020, trois ans après les exactions qu’il évoque.

Le 25 août s’est brisé sur un matin de deuil
De nos femmes au village en noir et du noir d’une Marie en pleurs
Les rafales ont toussé plus fort que les roulements de tonnerre<
Les balles striaient le ciel sombre comme des nuages de sauterelles affamées
Les voix des armes motorisées et des AK47 bavardaient en riant
Des langues de feu gourmandes ont léché notre village, poteau par poteau, palissade par palissade
En larmes les enfants trouvent abri sous les tentes brisées de leurs mères
Le mari cherche l’épouse, l’épouse cherche le mari
Les mères aux seins battants crient les noms d’enfant dans un couinement tremblant de souris cachée
L’estropié a trouvé des jambes dans ses mains et l’aveugle a vu à travers le gouvernail de la nuit
Les yeux déversent des torrents de larmes sur chaque seuil de notre village
Les corps des enfants ballottés sur le dos des mamans gisent nus, des balles logées dans les têtes et les poitrines

Le vingt-cinq août nous a vendu des douleurs marketées en doux chagrins
Les enfants, les épouses et les maris ont mangé et se sont vidés aux latrines des tombeaux
Oh vingt-cinq août, que tu es calleux !
Tu as pris mon frère, mon si doux Bambi
Tu as tranché sa gorge
Et l’as envoyé avec d’autres amis dans le ventre de la terre-mère

Oh août !
Bête affamée du 8ème cercle
Tu as mangé d’innocents « rohingyas » et tu as tout avalé
Sous le nez de la CPI et de la MEII*
Tu t’en es mis plein la bouche

Les Nations Unies avaient perdu leur langue
Tu nous as tué et tu as effacé nos ombres
Mais dès demain tels Lazare nous nous lèverons vigoureux à nouveau
Et nos ombres grandirons hautes et sombres.
Plus de génocide, plus de douleurs !

*CPI : Cour Pénale Internationale

MEII : Mission d’Enquête Internationale Indépendante sur le Myanmar

 

Traduction : Marc Uhry