Yun Dong Ju (1917-1945). Né dans une famille coréenne chrétienne de Mndchourie, il fuit rapidement le domicile de parents qui s’opposent à son souhait de devenir poète. Il écrit quelques poèmes qu’il ne parvient pas à faire publier. A 25 ans, il est arrêté par l’armée d’occupation japonaise et meurt deux ans plus tard de mauvais traitements. Publié à titre posthume en 1948, il est un symbole de l’esprit d’indépendance et de résistance.
Un poème vite écrit
La pluie nocturne soupire derrière la fenêtre
de la pièce au tatami. C’est le pays de quelqu’un d’autre (1).
Oui, je sais. Tous les poètes doivent subir un destin malheureux
mandaté pat l’Univers, mais peut-être écrirai-je quelques lignes–
après avoir reçu une enveloppe pleine d’argent pour les frais
et de la sueur et de l’amour de ma famille,
Je me suis rendu au cours d’un vieux professeur
mon cahier de lycéen dans les bras.
Mes amis d’enfance hantent mes pensées.
Je les ai perdu l’un après l’autre.
Qu’est-ce exactement que je veux ?
Qu’est ce qui fait que je m’enfonce, ici tout seul ?
La vie est difficile–
Et le fait qu’un poème puisse être aussi vite écrit
est une honte.
La pièce au tatami est le pays de quelqu’un d’autre.
La pluie nocturne soupire derrière la fenêtre.
La lumière de la lampe repousse l’obscurité, juste un peu.
Je suis la version finale de moi-même
guettant le lever du jour comme une nouvelle ère.
Je suis mon premier serrage de main. Une petite main
saisie par les larmes.
(1) : Le tatami est un revêtement de sol typiquement japonais. Le Japon occupe complètement la Mandchourie, région d’origine de Yun Dong Ju depuis 1932 (le poète est alors âgé de 14 ans).
Traduction (depuis la version anglaise) : Marc Uhry