Ahmed Matar, Irak, est né en 1954
Espoir
J’ai téléphoné à l’espoir hier
Je lui ai demandé : peux-tu
Soustraire pour nous l’odeur
De l’oignon et du haddock ?
Il a répondu : bien sûr !
J’ai dit : est-il possible
De distiller du miel depuis la coloquinte ?
Il a répondu : bien sûr
J’ai dit : et est-il possible
De ranger la Terre
Dans la poche de Saturne ?
Il a répondu : oui… bien sûr
Tout est possible
J’ai dit : alors nos Arabes
Seront honteux un jour
Il a répondu : en un million d’années
N’arrivera pas ce que tu dis.
Abbas
Abbas derrière les barricades
Vif, éveillé, attentif
Depuis l’époque des conquêtes arabes il polit son sabre
Et sa moustache aussi, attendant de serrer son ours en peluche
Un voleur avala une partie du pays
Abbas était désemparé
Abbas était aux cent coups
Abbas rassembla ses munitions et sa barricade
Et partit polir son sabre
Le voleur traversa vers lui et entra dans sa maison
(il était désormais son invité)
Abbas lui servit le café, et repartit polir son sabre
La femme d’Abbas pleurait : « tes enfants, Abbas,
Ton invité m’agresse, Abbas
Viens et sauve-moi, Abbas »
Abbas l’éveillé, l’attentif, n’entendit vivement rien
(Sa femme est ragoteuse)
Sa femme pleurait : « Abbas, l’invité vole nos moutons. »
Abbas était désemparé, Abbas était aux cent coups,
Il écrivit une lettre menaçante
« Alors pourquoi polir ton sabre, Abbas ? »
(En cas de besoin)
Dans ce cas va polir ton sabre, Abbas.