CHRONIQUES DE VOYAGES DE PJ – JOUR 24 & 25 – #BIDULEJAPAN2026

Romuald&PJ au Japon – Jours 24 et 25

 

Je sais, je suis sourd comme un pot. Il y a un fait surprenant au Japon c’est le silence qui y règne. À Tokyo, notre appart-Hôtel était en plein cœur d’un des quartiers les plus vivants de la ville et pourtant, depuis notre balcon, nous n’entendions pas grand chose le jour et absolument rien la nuit. Ici à Takasaki, ce sentiment de silence est multiplié par 100. On pourrait trouver ça angoissant, une ville silencieuse. Au contraire, c’est très apaisant.

Autre chose, la nuit l’éclairage urbain est réduit au minimum. Tout est très sombre et, à certains endroits, on est simplement dans le noir. Il nous est arrivé d’allumer la lampe torche du téléphone pour marcher dans la rue. Ici, très souvent, il n’y a pas de trottoir pour les piétons. Il y a une bande blanche qui délimite la place de la voiture, la lampe sert à voir où l’on marche mais aussi à être vu des automobilistes.

Enfin, si il y a quelque chose qu’on va regretter en rentrant en France, c’est le niveau de sentiment de sécurité qui est corrélé au niveau de civilité des Japonais. Ici, mettre un cadenas à son vélo est incongru. Frédéric nous disait qu’une fois, en plus de dix ans, le vélo de Yoshiko avait disparu mais que le lendemain il avait retrouvé sa place. On ne surveille pas son téléphone portable dans un bar et je laisse en toute sérénité ma banane avec argent et passeport accrochée au dossier d’une chaise quand je m’absente pour aller danser ou pour aller me battre avec l’ingénierie des toilettes.

Ici, on se met en rang d’oignon pour attendre et entrer dans le bus. Même quand il y a du monde ce n’est jamais la cohue dans les supermarchés.

La loi japonaise est très dure et le système judiciaire très punitif. Mais je ne crois pas que cela soit la peur du gendarme qui entraîne tout cela. Je ne crois pas que le durcissement de la loi entraîne un changement de comportement en règle générale.

Pour le COVID, ici, il n’y a pas eu de confinement. C’est la responsabilité individuelle et collective qui a suffi et, semble-t-il, le Japon s’est bien sorti de l’affaire.

Je n’ai pas hâte d’entendre les coups de klaxon à 5h du matin dans la rue de Saint-Clair, ni de retrouver les abrutis qui grillent les feux rouges.

D’un autre côté, toute cette civilité entraîne un poids social extrêmement dur et celui qui sort du cadre risque à coup sûr, l’exclusion de la société. Il semblerait que la liberté individuelle soit presque illimitée mais qu’en user serait très malvenu.

À la question « ai-je envie de revenir au Japon ? » Je répondrais sans aucun doute que oui, mais à celle de savoir si je voudrais y vivre cela sera un non tout aussi catégorique. Je crois que je préfère garder mon téléphone dans ma poche est surveiller mon sac à main quand je sors.

J’ai été un peu patraque ces derniers jours. Les chaleurs extrêmes et les clims et autres ventilateurs m’ont fichu une satanée crève. Ce matin, je me sens mieux. Une chance, nous prenons le train pour Nagano tout à l’heure.

 

 

 

Frédéric nous avait prévenus, il ne fallait pas s’attendre à des hordes de Japonais en délire qui se précipiteraient au Palais des Paris pour venir voir le travail de Romuald&PJ avec Monsieur Bidule. En deux jours, une quinzaine de personnes sont venues.

Samedi matin j’étais déjà dans une forme relative, j’ai remis à l’après-midi ma chronique journalière. Nous n’avions pas encore visité le musée de Takasaki. L’exposition du moment n’était pas indispensable et mis à part quelques toiles et dessins qui m’ont interpelé, je n’ai pas vraiment suivi le fil de ce qui était présenté. Nous étions là pour visiter la reconstruction à l’identique de la maison de Antonin Raymond. Cet architecte né en Autriche-Hongrie à la fin du XIXe siècle est considéré comme l’instigateur de l’architecture moderne au Japon (Wikipédia). Il a construit en particulier dans la ville de Takasaki le « Gunma Music Centre » qui est en plein centre ville, à deux pas du building de la mairie.

Je crois que sa maison s’est écroulée lors d’un séisme et a donc été reconstruite dans les jardins du musée. Comme dans toutes les maisons japonaises, on se déchausse en entrant et la dame (peut-être médiatrice du musée) nous donne des chaussons. La maison est un mix de ce que l’on peut imaginer comme étant une architecture traditionnelle avec la modernité d’un Corbusier. Le fac-similé est très bien fait. La gardienne des lieux nous demande d’où nous venons dans un anglais relatif, Romuald lui dit et lui explique pourquoi nous sommes là. Je pense qu’elle n’a rien compris et nous lui donnons notre carte de visite ainsi que le flyers de l’expo qui, lui, est écrit en Japonais. Après de nombreuses onomatopées exprimant joie et gratitude pour cette information capitale, elle nous dit qu’elle habite très près du Palais des Paris et qu’elle viendra voir l’exposition dimanche.

Quand nous repartons pour prendre le train retour, je cherche quelque chose qui ressemble à une pharmacie. Il n’y en a pas ici, pour le moins elles ne sont pas du tout identifiées. La pharmacie du coin est une sorte de supermarché. Avec l’aide de mon téléphone j’explique que j’ai le nez bouché. Une jeune fille nous donne un produit. C’est tellement efficace que je pense qu’un truc comme ça doit être interdit en France sans ordonnance et peut-être même avec. Nous payons et partons à toute vitesse prendre le train que nous attrapons de justesse.

Nous mangeons les brochettes qui étaient au frigo depuis plusieurs jours avec du riz blanc.

L’exposition ouvrait à 14h. Romuald va dormir un peu et moi je me mets au travail sur ma chronique. Ce n’était toujours pas la forme olympique, j’ai fait court.

Je l’ai dit plus haut, sur ces deux jours nous n’avons pas eu foule, mais ce n’est pas un bide non plus. Yoshiko était là pour faire la médiation et parfois la traductrice. Le premier visiteur était un jeune homme que nous ne connaissions pas suivi de près par un monsieur francophone, canadien d’origine. Ce monsieur vit au Japon depuis longtemps et enseigne le français et l’anglais ici. Il était très expressif. Le jeune homme arrivé en premier était son étudiant. Fujii (il y a deux i à Fujii), le patron du Howwhat, a passé un long moment dans l’exposition. Nous avons pu échanger grâce à l’aide précieuse de Yoshiko. Il a porté la tête à Bidule et je crois que je l’ai gêné quand je lui ai proposé de lui prêter un de mes slips à paillettes.

En fin de journée, nous avons offert les présents que nous avions amenés avec nous pour Frédéric et Yoshiko. Nous avions choisi deux dessins de la série des Combines drawings et aussi une boite de nougats de Montélimar. Je crois que ça leur a fait plaisir. Le soir, nous les avons invités au restaurant. On a mangé des sushis, des sashimis de bonite fumés dans un feu de paille et du riz aux coquillages. Ce dernier plat arrive sur table dans ce qui pourrait ressembler à un caquelon à fondue avec un couvercle en bois dessus. Dessous il y a un brûleur avec une flamme assez forte. Nous devons attendre trois minutes après l’extinction de la flamme pour pouvoir déboucher et déguster le plat. Une expérience culinaire de plus.

Après le repas, nous voulions aller au onsen, il était 21h passé et c’était moins cher si on attendait 22h. Nous sommes allés dans un temple de la consommation nommé « Don Quijote », c’est une boutique où il y a de tout. On y trouve du maquillage pour collégiennes, des bouteilles de Don Pérignon, des lunettes de soleil Gucci, un sex shop soft et hétérocentré, de l’électronique ou de la vaisselle… Le magasin ferme entre 5h du matin et 10h…

Après ça nous allons au onsen, j’en profite pour me raser avant d’aller dans les bains d’eau chaude. C’est une très grande installation avec beaucoup d’espaces différents. Il y a toutes sortes de jets massants, de températures différentes du plus froid au plus chaud. C’est samedi soir, il y a beaucoup de monde. Il semble que cela soit un lieu de rendez-vous des jeunes. Je me demande si ils sortent après ça.

Hier dimanche, je me suis levé toujours bien mal en point. Le produit pour le nez fonctionne toujours aussi bien mais pas longtemps. J’avais la tête qui résonnait, je ne pouvais pas écrire. J’ai trainé en jouant au tarot et nous devions sortir trouver à manger. Nous avons choisi le moment où le déluge nous tombait dessus pour sortir. Nous avions les parapluies et le supermarché est à 10 minutes de marche. En sortant du magasin, il faisait presque beau. Il faisait moins chaud que ces derniers jours, ça fait du bien.

Nous avons mangé tôt et nous sommes allés dormir. L’expo ouvrait à nouveau à 14h. Je me suis réveillé à 14h30, Frédéric et Yoshiko venait de tout allumer. Plusieurs personnes sont venues dont la famille de Yoshiko mais aussi des gens qui nous suivaient sur Instagram. Une voisine aussi, elle vient de Catalogne et nous avons échangé longtemps en espagnol. La dame rencontrée au musée la veille est venue. Elle est restée longtemps à parler de nous avec Yoshiko. Elle a dit que les slips de Monsieur Bidule l’avaient fait rougir. Elle était très sympathique. Elle a fait des vidéos de l’expo et je les ai vues plus tard sur Instagram.

Après ça, nous sommes sortis boire un coup avec Romuald mais comme maman me lit, je ne m’étalerai pas sur ce moment. À 21h nous étions de retour et après un sandwich à l’œuf, on est allés au lit.

Ce matin je me sens mieux, le nez coule un peu mais je peux partir à Nagano tranquille. On a un peu potassé la sortie, ça a l’air d’être une ville chouette et nous devrions biduler avec joie.

Nous sommes à moins de cinq jours du retour, les news du pays sont terrifiantes, on n’a pas du tout envie de rentrer.

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