CHRONIQUES DE VOYAGES DE PJ – JOUR 22 – #BIDULEJAPAN2026

Romuald&PJ au Japon – Jour 22

 

Ça y est, Romuald a fait l’accrochage de l’exposition. Le premier étage où se trouve l’atelier est en place pour les deux vidéos. Frédéric a du bon matériel au Palais des Paris, les images sont projetées de manière à ce que Bidule soit quasiment à l’échelle grandeur nature. Vous avez déjà vu la première puisque c’est la captation de la performance au Howwhat, la deuxième est un montage de Bidule dans l’ascenseur d’un gratte-ciel de Shibuya à Tokyo avec un happening dans le parc d’attraction où il fait de la moto girafe. On postera la deuxième vidéo prochainement. Avec ces deux œuvres projetées sur deux murs entiers on a l’impression d’être au Centre Pompidou.

C’est au deuxième étage que les œuvres sur papier photographique et les darumas-Bidule sont accrochées.

Romuald y a passé la matinée. L’espace est génial car c’est presque une white-cube avec une immense fenêtre sur un côté et demi. Frédéric est bricoleur et il a fait en sorte que la salle soit modulable. En rentrant à droite il y a la série de douze photos en pièces uniques de notre séjour à Takasaki. Romuald a mixé plusieurs courants de l’art moderne et contemporain en fabriquant des pièces alliant abstraction géométrique, minimalisme et pop. En suivant il y a le grand dessin qui représente la vue depuis l’espace où il est exposé. Le visiteur n’aura qu’à tourner la tête vers la grande fenêtre sur sa gauche pour retrouver le paysage. Le dessin comme la photographie sont des représentations subjectives du réel. Je suis très heureux (et fier) que Romuald ait su travailler à nouveau avec ce thème qui nous est cher.

Dans l’exposition Teenager Trade présentée à l’ISBA de Besançon, nous avions montré, entre autres œuvres, l’installation « Sunday morning ». Ce boulot disait que l’image, même quand elle est en direct, ne représente pas la réalité.

Je ne suis pas spécialiste des peintures pariétales ni même de l’histoire de l’art en général (Romuald en sait plus que moi) mais je crois que l’on peut dire que depuis l’invention du dessin, l’humain travaille à représenter le réel sans jamais y parvenir. Chaque représentation produite par quelque moyen que ce soit sera toujours partielle et subjective.

Sur le mur d’en face, il y a les dessins réalisés aux tampons et feutres et, pour finir, la série des dix darumas-Bidule avec un autre dessin fait au pinceau et à l’encre des calligraphes japonais, qui se situe entre le conceptuel de Lawrence Weiner et la Bidulerie de Romuald&PJ.

Quand Frédéric nous a rejoints à midi au Palais, il ne manquait à accrocher que l’étagère pour les darumas. Par message un peu plus tôt, il nous avait dit que ce midi on mangerait « chez mémé ».

Nous avons pris la voiture pour nous rendre au restaurant. Nous nous sommes déchaussés pour nous installer sur des coussins autour de ces tables basses typiques des isakayas japonais. C’est effectivement une vielle dame très gentille, et visiblement très heureuse que Frédéric amène de nouvelles personnes ici, qui nous accueille. En nous traduisant la carte, Frédéric nous prévient que les lunchs sont copieux.

Pendant de nombreuses années, le plat typique de Takasaki était la tripe. Parmi les bizarreries japonaises, je trouve celle-là très drôle. Bien que la tripe soit un plat populaire ici, il n’est pas plus typique ici qu’une raclette dans une station de montagne des Pyrénées. C’est juste que l’ancien maire aimait les tripes et qu’il avait décidé que cela serait le plat qui représenterait la ville. Depuis, le maire a changé et la spécialité de Takasaki est… les spaghettis. Il paraît qu’il y a un concours local de spaghettis dont le lauréat participe au championnat du monde de spaghettis. C’est pas plus con que le championnat du pâté en croute ou de la coupe mulet.

Frédéric prend les tripes, je prends le porc et Romuald le poulet. Je ressens un certain malaise quand cette dame qui doit avoir l’âge de ma mère si ce n’est plus s’agenouille pour nous servir du thé froid sur notre table qui est surélevée d’une marche sur une sorte d’estrade. Sur la table, au coté du traditionnel soja et autres piments ou cure-dents, il y a une petite clochette. Je ne m’imagine pas un instant sonner une vielle dame pour qu’elle m’apporte à boire ou à manger en s’agenouillant.

Le plat qui nous est servi est effectivement très copieux et tout est délicieux. Je mets cinq étoiles à la soupe miso, la meilleure de ma vie. Frédéric réussit à tout manger, moi je fini par bloquer et j’abandonne pas grand chose et Romuald et son appétit d’oiseau nous obligent à terminer son poulet.

Le repas avec le thé compris nous revient à 860 yens soit un peu moins de 5€ par personne. J’ai honte et je me dis qu’on va souffrir en revenant en France. Alors que nous payons, le mari de la dame qui nous servait sort pour nous saluer, il n’a pas l’âge non plus de travailler. Quand nous partons, en plus des courbettes bien basses que nous rendons poliment en baissant la tête, nous avons droit à des « Arigato gozaimasu » (merci beaucoup) qui ne cesseront que quand nous aurons fermé la porte derrière nous. Ce degré de déférence au Japon est très gênant pour moi. De ce que j’ai compris, ici une personne peut changer de position sociale selon qu’une personne est par exemple caissier dans un supermarché ou client dans ce même supermarché. Le simple mot « Merci » diffère selon qu’on est client ou employé.

Quand nous revenons au Palais des Paris, je demande à Romuald de relire mon texte afin que j’enregistre le brouillon de celui-ci pour la deuxième relecture à Lyon par l’équipe du Zèbre. Il part ensuite rejoindre Frédéric pour terminer le montage.

En milieu d’après-midi on termine les réglages des vidéos et du son qui va avec et on commence à ranger ce qui était jusqu’ici l’atelier de Romuald.

Frédéric nous quitte et après une bière partagée, Romuald fait un somme pendant que je perds au tarot.

Il se réveille, c’est encore trop tôt pour l’apéro et nous décidons d’aller chez un disquaire d’occasion qui a sa boutique sur le chemin de l’apéro. C’est un endroit tout petit en couloir mais très bien garni avec des disques raisonnablement peu chers pour la plupart. Nous nous présentons car je sais qu’il nous a vus sur les réseaux sociaux et nous lui laissons des flyers pour l’expo. Nous craquons pour deux vinyles dont édition japonaise de Comme à la radio de Brigitte Fontaine et du regretté Areski.

La pluie menace, il tombe des gouttes mais ça annonce une belle saucée.

Nous prenons le chemin du Bumpy’s, le petit bar gay sympa que nous connaissons. Il est tôt, nous sommes seuls et la patronne toujours aussi souriante fait sa mise en place. On y passe un moment et on décide de visiter un autre bar gay pas très loin sur le chemin du retour pour le Palais. Ici, l’homosexualité est taboue. Il y a des îlots d’expression ici ou là, mais c’est systématiquement dans le cercle privé. Mis à part peut-être à Tokyo où cela s’étend un peu à l’échelle de quelques rues d’un quartier. Le bistrot est dans les codes d’un bar de nuit LGBTQIA+ occidental. Il y a des vidéos clips de Shakira, de pop japonaise et des images du plus gay des footballeurs dans le placard Christiano Ronaldo.

Deux étrangers dans cet endroit était un petit événement.

Dans les bars et restaurants aux USA, les touristes étrangers sont souvent surpris par le « Tip » qui représente 20% en plus à payer avec l’addition. Ici, on paye une « charge » presque partout. Elle se situe généralement entre 500 et 1000 yens (2,5€ à 5€) mais dans des lieux très branchés, les bars à hôtesses ou à l’occasion d’une soirée cela peut monter plus haut. Généralement la charge inclut une tapas à manger.

Quand nous nous asseyons au comptoir, le patron nous donne la carte et nous explique qu’il y a une charge, Nous ne comprenons pas ses mots mais comme nous sommes au Japon depuis quelques temps déjà, nous lui faisons signe que nous connaissons le concept. En commandant notre boisson, il nous demande si on a faim. On lui répond que non pour l’instant.

Un jeune homme rentre, c’est un serveur qui prend son service. Il est à moitié philippin et il parle assez bien anglais. Romuald parlera beaucoup avec lui.

J’ai envie de pisser, je vais aux toilettes. Je pousse la porte et le couvercle des chiottes s’ouvre automatiquement, c’est une technologie classique pour nous désormais. Je me retrouve cependant comme un con après mon affaire devant un ordinateur de bord d’Airbus. Jusqu’à présent, dans les chiottes, il y a une chasse d’eau manuelle et au pire il y a deux boutons avec un symbole de tourbillon un gros et un petit. La première fois j’avais jugé à juste titre que c’était celui qui correspondait le mieux à mon besoin du moment. Là, rien de tout ça… C’était une petite commission, rien de trop grave mais au Japon, on ne rigole pas avec la propreté des toilettes. J’ai écrit sur le traducteur mon problème et je l’ai montré au serveur qui s’est marré et est allé solutionner mon forfait.

Quand je finis mon verre, le serveur me demande si j’en veux un autre, je lui réponds que oui à la condition qu’il m’enseigne la science des chiottes. Tout le monde est plié de rire dans le bistrot.

Nous demandons à manger un peu, des filles mangent des trucs à côté de nous alors on prend la même chose. En fait c’est la « charge » et c’est copieux.

Nous avons fait l’article pour notre exposition, nous avons gagné des followers sur Instagram. Le patron a fait un petit autel à Romuald&PJ avec notre carte de visite et les flyers de l’expo et un client qui était là à adoré les vidéos de Monsieur Bidule et il nous a dit qu’il avait une vie de merde et que ça faisait du bien de voir des gens tarés comme nous, je prends ça comme un compliment.

Finalement il n’a pas plu, la saucée est sûrement tombée ailleurs.

 

Pour en savoir plus sur Romuald&PJ vous pouvez visiter notre site : Website de Romuald&PJ