Romuald&PJ au Japon – Jour 20
Je découvre avec beaucoup d’intérêt le concept de saison des pluies. Autant nous avons eu un temps clément voire idéal à Tokyo qui ressemblait peu ou prou à celui de New-York en été avec une chaleur moite, autant ici c’est un climat que je ne connaissais pas.
Le soleil se lève très tôt aux alentours de 4h30, la température ne tombe pratiquement jamais en dessous des 25°. Dès qu’il fait jour, la température remonte très vite pour dépasser les 30°. À 10h00 du matin, le soleil est au zénith et brûle littéralement. Je ne m’expose jamais au soleil sans T-shirt et je dois quand même me passer de la Biafine sur le cou. De temps en temps il pleut, parfois des cordes comme hier après-midi, la température retombe un peu et ça s’arrête presque d’un coup et dans l’instant, la température remonte comme s’il ne s’était rien passé. On comprend aisément l’abondance de végétation qui nous entoure malgré l’urbanisation intense de ce pays.
Les jours se suivent et se ressemblent, Romuald passe des heures à l’atelier où il fignole les boulots que nous présenterons samedi et de mon côté je passe des heures à écrire. En termes de temps, nous devons être à égalité si on enlève le jour où il y a passé sept ou huit heures. La différence c’est que moi j’écris le matin en me levant et que Romuald part à l’atelier beaucoup plus tard. J’ai donc beaucoup de temps pour moi. De temps en temps, je monte dans l’atelier suivre l’avancée des travaux, je prends le frais de la climatisation et je retourne à mon bureau dehors devant notre chambre.
Frédéric travaille intensément sur une vidéo qui présentera notre résidence. Dans nos premiers jours ici, il nous a filmés Romuald et moi en nous posant des questions et à chaque fois que nous sortons ensemble, il nous filme en train de bosser ou non avec Bidule.
Il y a quelques jours, il nous a fait écouter la trame de son discours sans les images et hier il nous a montré l’ébauche encore très inachevée de ce que sera la vidéo.
Nous avons déjà eu des regards critiques sur le projet Bidule.
Ludo a écrit un super texte il y a longtemps dans le Zèbre. De même, quand la bibliothèque Marie-Curie de l’INSA de Lyon avait acquis une photo de Monsieur Bidule, le club de journalisme de l’école s’était entretenu avec nous et avait pondu un texte critique des plus justes.
Monsieur Bidule est aussi un habitué de la presse régionale, Art Press et Beaux Arts magazine le boudent pour l’instant.
Il y a deux types de journalistes locaux. Il y a ceux qui on besoin de faire un papier absolument et qui parlent de Bidule parce que la fête de la saucisse est déjà passée et d’autres qui ont envie d’aller plus loin.
Dans le premier cas, le mieux est le dossier format Word afin que le professionnel de l’information puisse faire des copier/coller facilement et si par malheur cela se passe en entretien il faut faire super gaffe à ce qu’on dit car tout peut être retranscrit littéralement. Bien heureusement, ce n’est pas la majorité des journalistes que nous avons rencontrés.
Parmi ceux qui ont eu envie d’aller plus loin, les entretiens (le plus souvent téléphoniques) peuvent durer longtemps. Il s’agit de presse régionale et donc cela tourne souvent au début autour de la localité où le journaliste travaille mais rapidement on élargit les champs et presque toujours, l’article qui sort est super.
Ces regards extérieurs sont importants pour les artistes. Bien que nous sachions ce que nous faisons, la critique positive ou non permet à l’artiste comme au spectateur d’appréhender l’œuvre avec un regard nouveau. C’est clair que c’est plus facile à encaisser quand on dit du bien de nous.
Le travail que fait Frédéric, en contextualisant le projet Bidule au cœur de la société japonaise est particulièrement intéressant. Frédéric veut plus de matériel vidéo pour finaliser tout ça mais l’ébauche est prometteuse.
Hier donc, entre la pluie et la chaleur, nous ne sommes pas sortis des masses jusqu’au soir.
Sur les conseils de Frédéric, nous sommes retournés au bistrot gay où nous étions passés il y a quelques jours. L’endroit est sympa et cela ouvrait des champs pour élargir le public de l’exposition. Il n’y avait pas foule et nous avons retrouvé exactement les mêmes personnes que la dernière fois. On a commandé la même liqueur à la cardamome que l’autre jour. Le client à côté de nous au comptoir nous a servi un cocktail avec une liqueur qui venait d’Okinawa mélangée à un jus de fruit dont la traduction en français ne nous disait rien et du soda (eau gazeuse). Nous avions deux grands verres devant nous à peine arrivés.
La patronne du Bumpy’s a vécu quelques années à Toronto et parle un peu anglais mais le client au comptoir non. Nous avons donc beaucoup jonglé avec le téléphone portable pour la traduction. La conversation manque un peu de fluidité mais avec un peu d’entrainement on arrive à dépasser les banalités que l’on peut se raconter dans ce genre de situations. Nous avons parlé de Lyon et montré des images de la ville. Ici, les paysages urbains ne font pas rêver, alors les photos de Lyon leur montrent une ville très belle, ce qu’elle est par ailleurs, si elle n’était pas défigurée par toutes ces pistes cyclables et ces rues piétonnes.
On a demandé à manger. Comme on ne comprend rien aux cartes, on a dit qu’elle nous fasse ce qui lui faisait plaisir. Par contre on a fait l’erreur de ne pas préciser notre degré d’appétit. Elle ne doit pas faire beaucoup de cuisine dans le bistrot alors que c’est le concept même de ce type d’établissement. On y mange et on y boit. Elle a préparé un plat de nouilles aux crevettes que nous avons partagé, c’était très bon. Après, quelqu’un est entré dans le bar, c’était un livreur qui apportait deux paquets avec toute sortes de brochettes qui ont été posées devant nous. Elles étaient accompagnées d’un condiment qui s’apparente à de la moutarde et un peu piquant. C’était très bon mais surtout beaucoup trop abondant. Moi je mange parce que c’est bon mais Romuald mange parce qu’il a faim et il a la manie de cesser de manger quand il est rassasié. On est parti de là en payant une misère et avec à manger pour deux jours.
Je n’ai pas compris pourquoi ce n’est pas elle qui a cuisiné mais nous avons passé un très heureux moment.
Les Japonais sont d’une politesse extrême et nous montrent beaucoup d’affection et d’intérêt. Ils rigolent à nos blagues. Cela paraît parfaitement sincère mais si cela ne l’était pas, c’est quand même très agréable à recevoir.
Pour en savoir plus sur Romuald&PJ vous pouvez visiter notre site : Website de Romuald&PJ


