En exclusivité sur Le Zèbre.info, voici la vidéo complète de la performance du 15 juillet au Howwhat à Takasaki.
Romuald&PJ au Japon – jour 20
Vous savez peut-être qu’avant de rencontrer Romuald j’ai travaillé une petite dizaine d’années en Espagne. Quelques semaines après avoir emménagé à Lyon une première fois en 2002, j’ai fait une chute en trottinette en descendant la Montée de la Butte sous la pluie. Dix heures d’opération à Edouard Herriot et un arrêt de travail d’un an en poche, je suis rentré dans mes montagnes pour me faire réparer dans une clinique, aujourd’hui disparue, dont les atouts principaux étaient sa piscine de rééducation remplie d’eau chaude naturellement sulfureuse et la qualité du vin que l’on me donnait à chaque repas pour compenser l’anémie due à la perte de sang pendant l’opération (que je soigne toujours abondamment).
Ma convalescence passée, pendant quatre ans environ, j’ai vécu en France et passais tous les jours la frontière pour aller travailler d’abord dans un supermarché et ensuite comme responsable dans un hôtel de luxe sur un terrain de golf. Plus tard, je me suis installé longtemps à Séville et après un bref retour dans mon pays natal, j’ai fait une saison de presque un an aux Baléares sur l’île de Majorque.
C’est une époque bénie où la fougue de la jeunesse et la confiance que je me portais me permettaient de tout plaquer et de reprendre à zéro quand bon me semblait.
Je n’ai pas choisi réellement l’hôtellerie comme moyen de subsistance. En fait, au début oui, j’aurais voulu faire un CAP de serveur, mais comme je suis fils de prof, mon enseignante de math en 3ème (que j’aimais beaucoup par ailleurs) m’a bien fait comprendre qu’un fils de prof ne part pas dans un cycle professionnel. Je suis donc parti au lycée où, comme j’étais pas trop débile, j’ai obtenu le bac sur le fil et, comme j’étais un branleur, je n’ai pu entrer dans aucun BTS ou IUT où l’encadrement encore très scolaire m’aurait un peu cadré. Je suis allé faire des études de sociologie où je me suis ridiculement fracassé. J’ai encore un peu honte de ce moment.
J’avais une vingtaine d’années et il a fallu que je trouve une solution pour gagner ma vie. Vous avez compris que je ne suis pas trop mal né mais je ne pouvais pas non plus prétendre à une carrière de rentier.
J’ai commencé à la plonge dans le restaurant où travaillait mon copain de l’époque. C’est le métier le plus difficile que j’aie fait dans ma vie. À Montpellier, à l’époque, il n’y avait que des Noirs qui faisaient ce boulot. Ils rentraient et sortaient les terrasses aussi. Il arrivait qu’en pleine saison l’Inspection du travail vienne faire un tour en ayant bien pris la peine de prévenir les professionnels de leur promenade, étrangement ces jours-là il n’y avait pas de terrasse au début du service.
Le boulot était dur et pas considéré par mes collègues, comme si la seule position de plongeur vous réduisait au statut d’esclave. Je n’avais pas ma part des pourboires.
Quand j’ai pu devenir serveur, j’ai sauté sur l’occasion. J’ai eu un collègue (et ami) qui s’est occupé de ma formation et j’ai passé de belles années.
L’hôtellerie avait pour moi un double avantage. D’une part c’est un secteur tellement tendu que l’on peut dire merde assez facilement à son patron sans crainte de ne pas retrouver un boulot dans l’heure qui suit. J’ai un peu abusé de cet avantage au risque de me tirer plusieurs fois des balles dans le pied. L’autre point fort de ce métier est l’opportunité de travailler tout en voyageant.
J’ai aimé me déraciner à plusieurs reprises dans ma vie, la prise de risque est réelle mais ma force de travail minimisait celle-ci.
Mon expérience sévillane a été la plus forte. J’ai vécu une immersion de presque quatre années dans une culture certes moins éloignée que la japonaise que je découvre en ce moment, mais une culture très éloignée des clichés que l’on peut avoir sur l’Espagne que je croyais pourtant connaître assez bien. Bien que je sois arrivé là-bas avec un bagage linguistique conséquent (scolaire de la 6ème à la terminale et au travail quatre ans de plus), je me suis confronté à la barrière de la langue. L’andalou est une langue dans la langue. J’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes qui m’ont aidé à trouver un super job dans un bistrot super cool, dans un quartier super cool rempli d’artistes, d’anarchistes et altermondialistes en tout genre qui cumulaient souvent les trois étiquettes. J’ai appris cette langue au point de faire peur à ma mère qui avait commencé mon enseignement au collège : « C’est pas moi qui t’ai appris à parler comme ça ! ».
J’ai appris la langue, j’ai appris à manger, j’ai appris à écouter, j’ai appris à rire, j’ai appris leur(s) histoire(s) et leur politique. J’ai appris quelles étaient les émissions de télé d’aujourd’hui et de leur enfance. Quand je suis parti, j’étais probablement le plus Andalou de tous les Français.
L’hôtellerie m’a permis de voyager et d’apprendre.
Quatre ans en Andalousie et presque un an à Majorque, ce sont des temps longs. Cela n’est jamais assez pour devenir ce que l’on n’est pas mais cela vous donne une idée de là où vous êtes. C’est aussi l’opportunité de comprendre le fonctionnement des codes sociaux.
L’âge avançant, je me suis calmé et même si l’envie est souvent là, je ne dis plus merde au patron. Je me suis marié et, faute d’élever des enfants, nous labourons et semons des graines dans notre atelier et, de temps en temps, germe de l’art.
Ma pratique du voyage a évolué.
Evidemment, le road trip américain en 2018 était une expérience fabuleuse, tout comme notre séjour à NYC en 2022. Mais quand la même année nous avons décroché la résidence à Newburgh, j’ai retrouvé le plaisir de l’immersion. Nous sommes restés deux semaines complètes dans une ville moyenne hors des sentiers touristiques. C’était un endroit où j’ai connu le marchand du bureau de tabac et la serveuse du bistrot où je buvais mon café le matin. Je disais bonjour à mon voisin qui partait très tôt le matin pour travailler alors que je prenais le café sur les escaliers devant notre logement. Pendant quinze jours j’ai gardé ma position d’étranger mais j’étais identifié. Quinze jours étaient insuffisants bien sûr, mais on a pu survoler ce qu’était la vie des habitants de Newburgh.
Nous avons la chance de rester un mois plein au Japon. La semaine à Tokyo nous a permis de prendre la température de la ville. Mais le plaisir d’être à Takasaki trois semaines est immense.
Nous avons tout à apprendre au Japon. Il y a certes des hortensias et des roses ici et là, mais les fleurs dans les jardins ne sont pas les mêmes que chez nous. Les fougères ou les arbres me sont inconnus. La force du soleil quand il nous frappe, probablement de par la position semi-tropicale de notre localité, donne une impression de chaleur démesurée quand dans le même moment l’ombre ici me paraît plus fraîche.
Nous déconstruisons des préjugés en tentant le plus possible de ne pas nous en créer d’autres.
Frédéric et Yoshiko font beaucoup pour nous amener ici et là. La performance au Howwhat nous a donné un statut et Instagram une visibilité jusqu’ici inégalée. Comme à Newburgh, nous sommes des étrangers mais nous sommes identifiés.
Vous aurez compris que je n’avais pas grand-chose à dire sur ma journée d’hier. Nous avons fait une randonnée dans la zone commerciale sous un soleil de plomb pour y trouver du matériel de beaux-arts. J’ai trouvé une belle chemise pour le mariage de Léa et Laurent dont le dress code impose des vêtements imprimés. Et après un bref passage au supermarché nous avons mangé, fait une sieste et après que Romuald se soit affairé dans l’atelier, nous avons pris un verre au Howwhat où nous sommes toujours aussi bien accueillis tant par Fuji que par ses clients et DJs.
Avoir le temps de perdre du temps quand on voyage à des milliers de kilomètres de chez soi est un luxe sans pareil.
Pour en savoir plus sur Romuald&PJ vous pouvez visiter notre site : Website de Romuald&PJ
