CHRONIQUES DE VOYAGES DE PJ – JOUR 18 – #BIDULEJAPAN2026

Romuald&PJ au Japon – Jour 18

 

Finalement, on a remis à demain l’escapade à la papeterie (donc à ce matin). Romuald s’est concentré sur le programme de visite à Nagano. Nous y dormirons deux nuits ce qui nous laisse pas mal de libertés. Il y a plusieurs musées qui nous semblent intéressants, dont un dédié à Hokusai.

De ce que j’ai compris, la représentation de la culture japonaise telle que nous la connaissons est une construction récente. Hokusai avec sa fameuse vague ou avec sa représentation du mont Fuji est de ceux qui ont donné du souffle à ce Japon fantasmé, certes pour des raisons différentes, par les occidentaux comme par les Japonais eux-mêmes.

Les peuples ne se ressemblent pas mais les mêmes causes produisent les mêmes effets. C’est le besoin de créer un récit national qui prime, nous on a nos ancêtres les Gaulois, Jeanne d’Arc ou Charlemagne qui aurait inventé l’école. On invente du faux avec du vrai. Il semble que le Japon ait usé des mêmes ressorts.

Quand un peuple s’invente un passé, c’est le nationalisme qui gagne.

Je ne comprends pas ce besoin des peuples de vivre dans un récit plutôt que d’affronter le réel, pour le moins un réel qui fasse consensus auprès des chercheurs. Nous ne sommes pas responsables des actes de nos ancêtres, nous ne sommes pas responsables de leurs gloires ni de leurs abominations. Par contre, leurs expériences sont des données qui devraient nous permettre de faire mieux. Et non, comme le repli sur soi l’emporte sur la science, on mélange tout au shaker et l’Ukraine devient l’agresseur fasciste contre lequel la Russie doit se défendre et l’élimination des Gazaouis serait nécessaire pour la lutte contre l’antisémitisme. La saison des écrans plats offerts par la CAF à chaque rentrée scolaire va bientôt commencer. Je m’égare, on va revenir au Japon.

 

C’était samedi et vous avez compris que l’après-midi/soirée du vendredi avait été chargée. Nous avions juste rendez-vous avec Frédéric et Yoshiko aux alentours de 14h00 pour aller faire une nouvelle matsuri (je n’arrive pas à savoir si c’est masculin ou féminin). Au frigo, il restait des gyozas et des nouilles en barquette, c’était moyennement équilibré et un peu frugal mais cela faisait l’affaire pour ne pas partir le ventre vide. Les matsuri sont des fêtes de village et si la faim se faisait ressentir à un quelconque moment, cela ne serait pas un problème, il y aurait des dizaines de vendeurs de nouilles, fritures en tout genre et bien entendu, des fameuses brochettes de concombre en saumure. Bien que le texte d’hier soit un peu court, j’y ai quand même passé du temps et après j’ai joué au tarot. On a mangé et nous avons reçu un message de Frédéric qui fixait le rendez-vous à 15h00. Cela nous laissait un temps confortable pour la sieste.

La matsuri était dans le village de Fujioka dans le quartier d’Onishi. C’est une petite ville à moins d’une heure de route de Takasaki en direction du sud. Une fois sortis des zones urbaines et commerciales, nous roulons dans un paysage de campagne avec ses rizières et quelques cultures agricoles indéfinies avec toujours en fond des reliefs saturés par la végétation qui profite de la chaleur et de la saison des pluies. La localité est connue pour ses pierres veineuses teintées d’un bleu léger.

En arrivant nous rentrons dans un parking qui s’avère être complet, nous ne tardons pas à en trouver un autre un peu plus loin à quinze minutes de marche des festivités. Il y a Frédéric et Yoshiko, Romuald, Bidule et moi. Nous allons encore passer un bon moment.

Je fais un aparté au risque de me répéter pour mettre le doigt sur l’âge canonique de certains flics et agents de sécurité.

Le quartier est totalement bouclé. Il y a des gardiens en uniforme de flic (mais je ne sais pas si ce sont des vrais) à toutes les entrées. Yoshiko demande notre chemin, nous ne sommes pas loin. Frédéric nous avait dit qu’il y aurait une exposition de véhicules militaires, c’était rigolo pour Bidule. En fait il y avait une sorte de jeep où les gens montaient ou bien faisaient des selfies devant. Nous bidulons. Je crains que Romuald trouve un truc intelligent à dire avec cette image.

Au moment où nous arrivons, le gros de la fête se passe dans l’avenue principale.

 

Je me souviens d’un coup de mon rêve cette nuit. Un asiatique s’était installé dans la maison familiale et ma mère et mon frère le défendaient bec et ongles alors qu’il n’arrêtait pas de manger mon jambon. J’espère que ce n’est pas prémonitoire parce que si les Arabes bouffent notre pain et que les Asiatiques prennent le jambon, on va crever de faim rapidement.

 

C’est une rue assez large pour que des chars puissent se croiser. Il y a 5 chars qui doivent probablement représenter des quartiers. Chaque char est équipé de deux grosses cordes tirées par des jeunes en uniforme. Il y a systématiquement 3 hommes sur le toit qui s’agitent avec des lampions et parfois une ombrelle japonaise. A l’intérieur il y a des musiciens qui jouent de tambours de toutes sortes et de la flûte. C’est très bruyant mais harmonieux mis à part quand les chars se croisent et que les musiques superposées deviennent une cacophonie. De chaque côté de la rue il y a des forains qui vendent des trucs et des concombres. Nous sommes dans une petite localité, à la différence de la matsuri de Kuki que nous avons faite il y a quelques jours, on sent que le public est principalement venu de la localité même. Autre chose me frappe dans la comparaison, la force nécessaire pour déplacer les chars ne se traduit pas ici par l’expression d’une force masculiniste. A la corde, jeunes filles et jeunes hommes sont ensembles pour tirer. Au tout début de la corde, au plus éloigné du char, il y a même parfois des tout jeunes enfants qui souquent. Ils sont mignons.

Les jeunes musiciens tapent avec force et beaucoup de grâce, dans une synchronisation parfaite sur leurs percussions et nous les voyons régulièrement se relayer sans que jamais la musique ne cesse.

Nous faisons beaucoup de photos avec et sans Bidule. Frédéric passe son temps à nous filmer pour son projet de vidéo sur notre passage ici. Nos amis ont faim et moi je meurs de soif. Le périmètre de la fête n’est pas bien grand alors les deux couples nous séparons sans aucune crainte de ne pas nous retrouver plus tard.

Avec Romuald nous avons rebroussé chemin afin de trouver une machine qui nous vende de l’eau. Les forains proposent tout un tas de choses sucrées et/ou alcoolisées. Bien qu’il soit probable qu’ils vendent également de l’eau, je suis incapable de la demander.

 

Après avoir bu nous avons ressenti l’envie, car il n’était aucunement question de besoin, de manger une brochette de viande cuite à la plancha qui paraissait tout à fait appétissante. Il y avait 3 sortes de brochettes, c’est le hasard qui a choisi pour nous. Comme on est aventureux, nous avons acquiescé quand le jeune homme qui nous servait nous a demandé si nous voulions de la sauce. La sauce était un nappage aigre doux à la consistance d’un miel très épais. Nous sommes allés déguster ce qui à priori était des morceaux épais de poitrine de porc, sur un parking où nous pouvions nous asseoir et où en plus de pouvoir fumer nous avions toujours la vue sur les va-et-vient incessants des chars.

Nous avons rejoint nos amis sur la grande place qui accueillera à la nuit tombée les chars pour le bouquet final. On se pose près d’une fontaine et à côté de nous des dames un peu âgées s’affairent à frire des brochettes de poissons et de viandes panées. Elles préparent également des patates qui sont servies une fois nappées d’une sauce semblable à celle des brochettes, dans des petits gobelets. Avec les concombres, cette préparation à l’air très populaire. Toute cette nourriture m’intrigue, si c’était raisonnable je prendrais un truc de chaque. Je fais un premier tour devant les stands avec Yoshiko qui m’explique quoi est quoi. Je n’ai pas faim alors je résiste à manger pour manger. Mais quand Yoshiko dit qu’elle veut prendre quelque chose, je saute sur l’occasion. Nous partageons des pavés de riz servis par deux dans une petite barquette. J’en avais mangé de l’industriel à Tokyo je crois et je n’avais pas aimé. Là c’était très différent dans la texture. Ça se présente plus ou moins en forme de cœur, le pavé à un gout légèrement poissonneux, il est légèrement grillé de chaque côté. C’est pas bien gros mais c’est nourrissant.

Yoshiko et Romuald sont restés là avec Bidule et je suis parti avec Frédéric à la poursuite des chars. Quand nous les avons rejoints un peu plus loin, ils faisaient une pause et tous les participants des 5 chars mangeaient et buvaient. Peu de temps après, ils se mettaient en place pour repartir. Nous étions en toute fin d’après-midi, avec le soleil couchant la scène était très belle. Le paysage de montagnes naissantes avec cette végétation tropicale donnait à la scène un aspect très particulier sous cette lumière.

Nous avons laissé les chars partir pour prendre une rue qui nous amènerait très probablement là où les chars allaient arriver pour revenir dans le centre pour la fin de la fête. Cela a marché et nous les avons accompagnés un peu sur le chemin du retour avant de les dépasser pour retrouver Romuald et Yoshiko. Le monde jusque là parsemé dans tout le quartier s’amassait de plus en plus. Une fois la nuit tombée, les chars sont arrivés triomphants un par un pour rentrer sur la grande place. Je me suis fait la réflexion que les concepts de prévention des risques sont très différents ici et en Europe. Chez nous, le public serait protégé par des barrières. Ici, je ressens une conscience de la responsabilité individuelle et collective. Quand on nous demande de nous pousser, tout le monde s’exécute et y’a pas un couillon qui profite de la situation pour passer devant tout le monde au risque de se faire marcher dessus par un engin de plusieurs tonnes.

J’ai Bidule au bras, il y a beaucoup de monde mais jamais je ne reçois d’invectives ou même le semblant d’un regard désapprobateur pour la place que je prends.

Les chars s’installent les uns à côté des autres toujours en musique. C’est un bordel sonore sans nom. La musique cesse pour laisser la place aux discours des officiels.

Après ça, tous les lampions des chars s’éteignent avant qu’un premier se rallume et ne commence sa musique chorégraphiée par les musiciens eux-mêmes et les 3 hommes sur le toit qui font des figures avec leurs lampions. On sent que c’est quelque chose de préparé de longue date et que l’idée est de créer un effet de surprise. Des feux de Bengale explosent dans le ciel de temps en temps. Chacun des 5 chars feront leur show avant que je ne dise à Romuald que mon dos me faisait souffrir avec la station debout prolongée. Nous avons traversé la foule, moi Bidule à bout de bras, pour sortir de la place et nous asseoir sur un trottoir.

Peu après Frédéric et Yoshiko nous ont rejoints et nous avons fini la journée une fois de plus tout nus dans de l’eau chaude.

 

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