Romuald&PJ au Japon 2026 – Jour 11
Je suis évidemment très attaché à l’intelligence humaine qu’elle soit individuelle ou collective. J’ai la chance inouïe d’être bien entouré et j’apprends beaucoup des uns et des autres. J’essaie au quotidien d’être le moins con possible, sans l’aide de la machine.
Tampon de Romuald&PJ généré par IA
Pourtant depuis un peu plus d’un an, j’utilise l’IA. Ce n’est pas un coming-out, je ne m’en suis jamais caché. Je comprends et souscris pleinement aux thèses des détracteurs de cet outil. Là où mon opinion diverge, c’est dans les causes et surtout les solutions à apporter aux problèmes générés par celui-ci.
Notre seul problème est le capitalisme et la société de consommation qui en découle. Toute autre action que celle de faire tomber le système est vaine bien qu’elle ne soit pas forcément inutile. Nous devons bien entendu occuper le terrain en défendant qui les animaux, qui la biodiversité, qui les pauvres, qui les mineurs isolés mais le cœur de l’incendie que nous avons à combattre est toujours le même : le capitalisme.
L’IA est un outil extraordinaire, preuve en est que l’intelligence humaine n’a aucune limite. N’étant pas un geek, je découvre peu à peu sa puissance et elle est aussi phénoménale qu’inquiétante. La question n’est pas de se demander si l’IA est bien ou pas bien, elle est là et nous n’y changerons rien. À mon sens, nous devons nous demander à quoi elle doit servir.
Pour l’artisan, cela va lui dégager du temps quand elle fera sa comptabilité ou ses devis à sa place. Pour l’artiste que je prétends être mais aussi pour le citoyen que je suis, cela sera de trouver des compétences que je n’ai pas. Là où le bas blesse, c’est quand les prédateurs passent l’argent avant l’humain et voient dans cette incroyable invention le moyen de gagner encore plus d’argent sans jamais penser un instant à le redistribuer. Notre lutte collective n’a qu’une finalité, lutter contre l’accaparement des richesses par quelques uns au détriment de presque tous.
En attendant, l’IA m’aide beaucoup pour produire les chansons de la performance d’après demain mais est totalement inutile pour mes textes et j’en suis au même point qu’hier. Je me sors de tout alors je reste confiant sur ma capacité à avoir une étincelle de créativité pour ce troisième texte, je vais peut-être lâcher la grappe à Beyoncé.
Après une matinée calme où j’ai un peu trop procrastiné (d’où le statuquo sur ma chanson) et où Romuald a un peu avancé sur ses œuvres plastiques, nous avons mangé. Nous bénéficions d’un taux de change particulièrement intéressant et nous vivons ici comme des nababs. Nous n’avons pas la fortune de Bernard Arnault mais rien n’est cher pour les besoins qui sont les nôtres c’est à dire s’équiper pour la production artistique, boire, manger. Nous n’allons pas dans les restaurants étoilés mais à la différence de chez nous, même dans les restaurants de chaînes nationales on mange bien, copieusement et pour presque rien, c’est pareil en mieux dans les restaurants traditionnels. Nous sommes partis à l’aise mais avec un budget à ne pas dépasser, à ce stade du voyage, à moins que nous ne fassions n’importe quoi nous sommes assurés de ne pas passer le plafond. Nous avons donc mangé des sushis et des sashimis qui sont parmi mes mets préférés (avec la côte de bœuf) avec des wraps aux légumes parce que le vert n’est pas légion ici. Après nous être sustentés, nous avons dormi une petite heure et Frédéric est venu nous chercher avec sa femme Yoshiko pour nous rendre dans un nouveau matsuri à plus d’une heure de route de Takasaki. Une fois sortis de notre ville, nous avons traversé des campagnes où les rizières étaient à perte de vue. C’est pas la campagne charolaise, ici le béton est partout et il est rare de ne pas voir des constructions individuelles ou industrielles au milieu des rizières. Il y a aussi très régulièrement d’immenses structures empaquetées par des filets qui sont, semble-t-il, des installations pour jouer au golf.
En fin de trajet, nous nous arrêtons sur une aire d’autoroute incroyable où ils ont reconstruit un village. Il y a un centre commercial qui pourrait ressembler à un souk à la mode japonaise. La façade extérieure est en carton pâte mais ressemble comme deux gouttes d’eau à des habitations. Nous reprenons la route pour la petite ville de Kuki où se déroule le matsuri. Nous nous garons loin du centre ville à côté du onsen (bains d’eaux chaudes) où nous irons nous détendre le soir. Nous marchons et cela nous donne le temps de mieux connaître Yoshiko. Elle est japonaise mais a vécu longtemps en France, elle parle un français parfait.
Ce matsuri est spécial par rapport à la fête où nous étions la veille. En plus des traditionnels stands de nourritures où nous retrouvons les fameux concombres à la saumure, il y a aux quatre coins de la ville des chars très hauts, de cinq ou six mètres au bas mot, composés d’un char traditionnel avec des grosses roues en bois serties de lames de fer. A l’intérieur du char, il y a une structure toujours en bois suffisamment solide pour que tout un tas de gens puissent grimper dessus et, tout autour, une autre structure, faite probablement en bambou, qui forme un parallélépipède parfait où sont accrochées des rangées de lampions. Chaque quartier de la ville a son char et ils ne se distinguent les uns des autres que par une infime différence d’idéogrammes. Il devait y avoir 6 chars en tout dans la ville. Quand nous sommes arrivés, nous nous sommes approchés de l’un d’eux et tous ces hommes habillés de blanc s’affairaient à accrocher les lampions de papier. Nous avons évidemment bidulé et nous avons continué la promenade. Les chars ne commençaient leur déambulation que plus tard peu avant la tombée de la nuit vers 18h00. C’est le pays du soleil levant mais il se couche tôt aussi. Frédéric et Yoshiko n’avaient pas mangé alors nous les avons accompagnés sur un parking dont les voitures avaient été remplacées par des groupes de gens qui, comme nos amis, mangeaient des trucs avec des baguettes. Nous avons cherché un temple qui s’est avéré être sans intérêt et nous avons rejoint un nouveau char qui s’apprêtait à partir.
En ayant passé de nombreuses années à Séville, il m’est difficile en voyant ce spectacle de ne pas faire le pont avec les processions de la semaine sainte que mes amis d’alors abhorraient à juste titre, car ces processions sont un vestige vivant du franquisme, mais que de mon côté j’adorais, tellement les ressorts de la performance m’impressionnaient. Une des choses qui m’a sauté aux yeux est la répartition des tâches, les hommes font des acrobaties et les femmes jouent de la musique et servent à boire aux gros bras. Je me trompais, c’est plus mitigé que cela et je m’en suis rendu compte plus tard dans la journée. Le char part en procession et nous le suivons. Il est tellement haut que les gens qui sont tout en haut soulèvent les fils électriques avec un bâton pour que ça passe. De temps en temps, il s’arrête et on nous demande de faire le vide dans la rue, en nous mettant bien sur le côté, et il repart en sens inverse à toute vitesse. A l’intérieur du char il y a des jeunes gens (filles et garçons finalement) qui jouent du tambourin et de la flûte. C’est très beau. Le plus impressionnant c’est quand le char doit tourner. Il y a des gens qui mettent sous les roues des lames de bois qui facilitent la glissade des roues et en quelques secondes les pousseurs et tireurs tournent la structure sur elle même. J’ai abandonné le groupe quelques minutes pour aller fumer et, quand je suis revenu, le char comme le groupe avaient disparu. J’ai couru après et alors que je cherchais à retrouver ma troupe, un lampion a pris feu, ce sont des bougies qui les éclairent. L’émoi du public était palpable. Les dégâts étaient importants mais pas catastrophiques et toute une fourmilière de types se sont mis à remplacer les lampions manquants. En quelques minutes c’était presque fait et le char est reparti alors que certains s’affairaient encore à terminer le travail. La fin du spectacle devait se dérouler à la nuit tombée à 19h30 à côté de là où nous nous trouvions, nous nous sommes assis par terre et nous avons attendu.
Pour le bouquet final, chaque char arrive un à un et fait le tour de la place qui fait face à la gare de trains, j’imagine que c’est un grand rond point habituellement en forme de rectangle, chaque virage de ces immenses choses est impressionnant. Les chars s’arrêtent et commencent une sorte de bataille entre eux, ils avancent et reculent en mimant de se rentrer dedans quand en parallèle les participants qui ne poussent pas les chars font une sorte de chahut qui ressemble à une bagarre. Tout cela est très viril. Il y a une pause de quelques minutes pour des discours officiels et, pour finir, les chars tournent sur eux-mêmes assez vite toujours avec des gens dedans qui jouent de la musique. Le char que nous avions devant nous était grippé mais le spectacle de tous les autres forçait l’émerveillement.
Nous sommes repartis vers le parking et avant de rentrer à Takasaki, nous sommes allés au onsen juste en face. Les hommes et les femmes sont séparés et Yoshiko est partie seule de son côté. Les tatouages sont prohibés dans ces lieux, j’ai recouvert le mien avec un gros pansement. C’était un bel établissement avec des bains à l’intérieur et à l’extérieur. L’eau y est très chaude quand elle n’est pas carrément brûlante. Nous y avons passé une heure environ et nous avons repris la route. Nous avons mangé dans un fast-food à 1h00 du matin et nous sommes rentrés nous coucher. Il est 11h50 à Takasaki, au menu il y a des Gyozas, des boulettes de je ne sais pas quoi avec une sauce de je ne sais pas quoi et des brochettes de je ne sais pas trop quoi non plus, jusqu’à présent nous n’avons jamais eu de mauvaises surprises. Hier, je me suis pesé à la sortie des bains et pour l’instant tout va bien.
PS : Les photos sont de Romuald, ça se voit car elles sont jolies.
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