#14: Busi Mhlongo – Awukho Umuzi Ongena Kukhuluma Kwawo (There Are Problems in Every Home)


Elle a été initiée comme Sangoma, ces femmes de savoir, de puissance et de mystère, particulièrement dans sa région du KwaZulu. Bien sûr, il y a aussi les herboristes, les Inyanga, elles sont importantes aussi. Mais l’art de la divination, c’est quelque chose.  Elles remplissent différents rôles sociaux et politiques : elles lisent l’avenir, guérissent les maux physiques, émotionnels et spirituels, elles dirigent les rituels d’accouchement et de funérailles, retrouvent le bétail perdu, protègent les guerrier, déjouent les sorcières et portent la narration de l’histoire, de la cosmologie, des concepts, de leur tradition.

Cette palette de compétences explique que l’on estime aujourd’hui à 200 000 le nombre de  guérisseurs traditionnels en Afrique du Sud, fréquentés par 60% de la population, à comparer aux 25 000 médecins formés aux techniques biomédicales standard.

Voilà les mystères auxquels a été initiée Busi Mhlongo. Sa musique, ses danses, son incroyable registre de chant, sont très influencés par cette qualité de Sanguma. Son chant est un rituel de guérison, individuel et collectif. Son chant protège les guerriers Zulu et guérit les blessures de l’âme, dans l’Afrique-du-Sud de l’Apartheid. D’ailleurs écoutez le morceau, on dirait que ce sont au moins trois aux quatre personnes différentes qui chantent.

Busi Mhlongo ne chante pas la liberté : son chant est libérateur. Elle n’aspire pas à la justice : elle la convoque à ses pieds nus. Le rituel n’est pas du folklore et elle emprunte au répertoire classique Zulu, au Mbaqanga, au Maskada, au Marabi, qu’elle marie sans vergogne au jazz, au funk, au rap, au reggae, aux musiques d’Afrique de l’Ouest. Elle fait comme elle veut. Mais pas longtemps.

Dès l’âge de 25 ans, elle est contrainte à l’exil et part à Londres. Elle ne pourra pas élever sa fille, ni assister aux obsèques de son mari, le batteur Early Mabuza, assassiné. Durant une vingtaine d’années, elle reste connectée à la scène sud-africaine en exil, elle coopère avec certains grands noms Dudu Pukwana, Hugh Masekela. Elle a chanté souvent avec Osibisa, génial groupe multiculturel basé à Londres qui fusionnait rock, jazz, musique sud-africaine etc. Elle a aussi chanté avec de grands artistes internationaux, comme Salif Keita. Mais pas sur ses projets à elle, ce qui la poursuit depuis que toute jeune, elle a voulu monter sa propre formation pour donner la direction artistique

Thandiswa Mazwai

Elle sort son premier album, Barbentu, en 1993, à 46 ans, 3 ans après la sortie de prison de Nelson Mandela et effectue sa première tournée sud-africaine. Deux ans plus tard, elle enregistre Urban Zulu, d’où est tiré le titre que vous écoutez. C’est un carton, Le disque se vend partout dans le monde et reste des mois dans le Billboard World Music Charts. Partout ? Non. Seul un petit village gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur…

Heureusement que James Stewart est allé au 40 ans de ce pote, où se trouvait la compagne de la chanteuse très en vue actuellement Thandiswa Mazwai, qui ne pouvait pas le laisser dans l’ignorance de cet album de dingo.

 

Parce que Busi Mhlongo, n’a encore eu le temps que d’enregistrer deux albums, avant d’être emportée par un cancer des poumons en 2010, à l’âge de 63 ans.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est une Sangoma, une femme qui ne sait pas tout-à-fait vivre et mourir comme nous autres. C’est une force composée de micro-chloriens, qui se recomposent, comme la musique se recompose. Elle n’est plus en exil, elle est partout chez elle, dans la puissance de ces jeunes chanteuses, comme Thandiswa Mazwai, tiens, justement…

 

Busi Mhlongo

James Stewart & Marc Uhry