Romuald&PJ au Japon 2026 – Jour 12
Hier, pas de fête, pas de concombre en saumure ni d’odeurs de friture, c’était une journée de travail. Le travail d’artistes au bout du monde, ce n’est pas le bagne.
Romuald reste éloigné tant que possible des nouvelles venues de France, moi je ne peux pas. Je passe du temps sur les réseaux sociaux et je lis la presse en ligne au moins une fois par jour. L’état social, politique ou climatique du monde m’inquiète et je ressens le besoin de savoir si aujourd’hui est pire qu’hier. C’est souvent le cas. Après l’incendie qui a ravagé mes terres catalanes, j’apprends que ça continue de fritter au Moyen Orient et que Trump use de tous les stratagèmes pour tricher aux prochaines élections.
J’ai appris également que 65% des encartés du Parti socialiste allaient se présenter à l’élection présidentielle, ce qui devrait représenter 65 candidats sur les 100 derniers socialistes qu’il reste. Quand on ajoute à ça les candidatures vertes, communistes et LFI, y’a de quoi être rassurés, l’ordre et la sécurité, le travail, la famille et la patrie seront préservés en France pour cinq ans de plus.
Si il y a quelque chose de choquant au Japon, c’est qu’on ne voit pas les pauvres. Y’a deux jours, dans le fast-food où nous avons mangé à 1h du matin, les horaires du restaurant marquaient « ouvert de 4h à 3h » et le fast-food à sushis qui était en face était ouvert 24h/24. Souvent les supermarchés ferment à minuit quand ils ferment et presque tous les kombinis ne ferment jamais.
Il n’y a pas de salaire minimum national au Japon, c’est chaque préfecture qui se charge de la question, mais la moyenne nationale sur les bas salaires fixe le montant horaire à 1100 yens/heure. Une bière coute 600 yens.
Ce qui est étonnant c’est que le Japon affiche un taux de chômage des plus bas du monde, aux alentour de 2%. Chez nous on considère qu’on est en plein emploi à 4%. Avec une telle tension les salariés devraient avoir des armes pour exiger des augmentations mais pas grand-chose ne bouge. Quand j’ai posé des questions à Frédéric sur la question, il m’a répondu qu’ici il faut travailler pour exister socialement.
Nous sommes la 7ème puissance la plus riche du monde quand le Japon est en 3ème position et c’est nous les nababs ici, la question de la répartition des richesses traverse les frontières. Prolétaires de tous les pays, unissez vous.
Romuald est allé faire quelques tirages photos pour l’expo de fin de résidence. Ces tirages seront des pièces uniques car les formats japonais diffèrent des formats français. Il travaille sur la présentation avec un fond avec du carton plume de couleur et des bandes de vinyle. On est contents du résultat qui mêle abstraction géométrique, Pop art et Bidule’s art. En parallèle, il fait les darumas Bidule. Ça sera une édition de dix exemplaires. Frédéric nous a donné une daruma en grand format aussi. Pour l’instant il y a la daruma ratée qui restera en épreuve d’artiste et deux pièces, tout à l’heure nous irons acheter celles qui nous manquent.
De mon côté, j’ai souffert du syndrôme de la page blanche un bon moment mais je tiens le bon bout.
J’ai abandonné l’idée de la Beyoncé assassine et j’ai fait un texte très didactique. Dans la chanson « Debord du gouffre » Monsieur Bidule dit « Je n’ai pas peur de vos critiques, je suis de l’art donc pas didactique, je performe à la tété en attendant le Grand Palais, chacun avec son érection, la mienne à la télévision ». La production de « La France a un incroyable talent » avait refusé cette chanson, je me demande encore pourquoi.
Habituellement, nous nous interdisons d’être trop clairs dans les créations que nous présentons. Ici il y a une donnée qui change, d’après Frédéric c’est que la notion de second degré est inexistante au Japon.
Ce qui est intéressant au sens de Romuald&PJ dans la performance, c’est de n’être pas certains des réactions du public, nous faisons de l’art plastique, pas du théâtre.
Aujourd’hui je vais travailler sur la scénographie et il est évident que Bidule sortira son plus beau slip à paillettes. La nudité étant interdite formellement au Japon, je dois faire des essais car j’ai une idée stupide mais qui pourrait avoir son effet. Avant de finir en taule, et sachant que je n’ai pas les moyens de Carlos Ghosn pour m’évader dans une caisse dans un avion postal, je préfère voir si mon idée est réalisable.
Le soir, Frédéric nous a rejoint au Palais des Paris et après avoir installé moult lumières et micros ainsi que sa caméra, nous avons fait un entretien filmé qui servira à une vidéo qu’il va réaliser sur notre séjour avec Bidule ici. Nous avons souvent fait cet exercice pour la presse papier mais rarement devant une caméra, j’espère qu’on n’a pas dit trop de conneries.
Après ça on a mangé une fois de plus du poisson cru dans un restaurant incroyable et on est allés boire un verre au HowWhat où nous allons performer demain et on est rentrés.
Ici il est 9h15, le soleil brille et Romuald est déjà dans l’atelier. Hier, la journée n’était pas faite pour faire beaucoup d’images.
PS : Les photos sont de Romuald, ça se voit car elles sont jolies. mais certaines sont de moi aussi aujourd’hui !
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