Billy Budd à l’Opéra de Lyon

Les castagnettes de Carmen # 57

Billy Budd à l’Opéra de Lyon du 21 mars au 4 avril

Initials BB, tel pourrait être le sous-titre de cet opéra de Benjamin Britten créé en 1964. En raison du nom du rôle-titre, bien sûr, mais aussi de deux traits qui caractérisent Billy Budd : la beauté et la bonté, qui incitent certains de ses camarades matelots à l’appeler « baby ». S’ajoute même un dernier B, celui de bégaiement. La seule faiblesse de Billy (Sean Michael Plumb) est la perte de l’usage de la parole lorsqu’il est ému ou contrarié. C’est ce qui arrive lorsque le maître d’arme John Claggart (Derek Welton), qui le hait autant qu’il le désire, l’accuse de comploter une mutinerie à bord du bateau de guerre L’Indomptable. Incapable d’articuler un mot pour réfuter la calomnie, Billy Budd s’en remet à ses poings mais le coup qu’il inflige à Claggart est mortel et, malgré toute sa bienveillance, le capitaine Vere (Paul Appleby) ne peut éviter que la loi s’applique dans toute sa brutalité. Bien des années plus tard, quand l’opéra (en fait construit sur un flash-back) commence, le remords continue de le ronger.

Inspiré d’une nouvelle d’Herman Melville, Billy Budd est un opéra éminemment politique. Censée se dérouler en 1797, l’intrigue est tramée par la guerre entre l’Angleterre et la France devenue depuis peu révolutionnaire et, au début du second acte, l’occasion d’une bataille navale avec un navire français est manquée de peu. La haine pour les Frenchies qui ont tué leur roi et renié leur Dieu est instrumentalisée par les officiers pour détourner la colère des matelots qu’ils maltraitent. Elle nourrit également la méfiance à l’égard de Billy Budd : celui-ci n’a-t-il pas salué, ému, son ancien bateau baptisé Droits de l’homme ? N’aurait-il pas été contaminé par les idéaux égalitaristes et ne chercherait-il pas à convaincre ses pairs de se révolter contre la hiérarchie oppressive et violente qui règne à bord de L’Indomptable, où mousses et marins s’exposent au fouet dès qu’ils regimbent ?

Pour le moins sombre, la musique de Britten rend bien l’atmosphère poisseuse qui règne à bord. Billy Budd y tranche par sa pureté mais ne peut totalement s’abstraire de l’ennui et de la jalousie, d’autant plus que s’y mêle un désir d’autant plus trouble qu’il ne peut s’exprimer à découvert. Évidente, la dimension homoérotique de l’œuvre n’avait pas besoin d’être soulignée et c’est une qualité de la mise en scène de Richard Brunel que d’avoir évité d’en rajouter. La scénographie, faite d’échafaudages et d’échelles, de Stephan Zimmerli et les lumières de Laurent Castaingt insistent davantage sur la réclusion démoralisante de l’équipage que sur le cadre maritime de l’histoire, privilégiant ainsi sa dimension douloureusement humaine.

Billy Budd est un des rares opéras à ne proposer aucun rôle féminin. Britten a contourné la contrainte en variant les tessitures (le capitaine Vere est un ténor, Billy Budd un baryton, Claggart une basse, etc.) mais sans totalement éviter une certaine uniformité sonore. Les interprètes et le chef Finnegan Downie Dear se confrontent brillamment à la difficulté et, pour cette première production de Billy Budd à Lyon, livrent un spectacle d’une troublante intensité.

Carmen S.

© Jean-Louis Fernandez

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