Les castagnettes de Carmen # 48

Béatrice et Bénédict à l’Opéra de Lyon du 13 au 24 mai

Bien que natif de l’Isère, Hector Berlioz pouvait être un petit rigolo. La preuve avec ce Béatrice et Bénédict qu’il présentait lui-même comme un opéra-comique. Directement inspirée du déjà fort plaisant Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare, l’histoire conte comment un petit groupe d’amis complote pour que Béatrice et Bénédict, qui se détestent depuis toujours, finissent par se convaincre qu’ils sont amoureux l’un de l’autre. Côté masculin, Claudio (Pawel Trojak) enrôle Don Pedro (Pete Thanapat) et Léonato (Gérard Robert-Tissot) pour ébranler l’hostilité résolue de Bénédict (Robert Lewis) à toute perspective de mariage tandis que, côté féminin, c’est Héro (Giulia Scopelliti, pétillante) qui entreprend avec sa dame d’honneur Ursule (Thandiswa Mpongwana) de convaincre Béatrice (Cecilia Molinari, délicieusement vacharde) que Bénédict se meurt d’amour pour elle. Comme Héro et Claudio s’apprêtent eux-mêmes à célébrer leurs noces, l’humeur générale est au batifolage et le sympathique complot est un succès : Bénédict et Béatrice consentent à leur tour à convoler, tout en se jurant de redevenir ennemis dès le lendemain.

On ne dira pas de la direction de Johannes Debus qu’elle est « riante et sombre », « onctueuse », « légère » et « suave » puisque ce sont les termes-même qu’emploie le fort alcoolisé chef d’orchestre Somarone (Ivan Thirion) pour qualifier la pitoyable musique qu’il a composée pour le mariage de Claudio et Héro. Disons plutôt qu’elle sert fidèlement et élégamment la partition — spécialement la splendide ouverture — tout en mettant en valeur les prestations des chanteurs et surtout, des chanteuses (sans oublier le chœur de l’Opéra de Lyon, comme toujours impeccable que ce soit vocalement ou scéniquement).

Les réserves concerneront plutôt la mise en scène de Damiano Michieletto, que l’on qualifiera d’inaboutie. Le sobre et lumineux décor du premier acte, rempli de micros manipulés par le trop omniprésent Somarone, créé un semblant d’action mais sans lever l’impression de meubler. Ça se gâte au second acte, où les déambulations d’un couple nu (accompagné d’un primate superfétatoire) dans une apparente forêt tropicale semblent associer les élans amoureux à un état de nature alors même que c’est la combinaison de l’amitié et de la joie qui contribue à transformer l’hostilité en nuptialité (au moins pour un soir). Seule la présence de grilles permet-elle de suggérer que les anciens ennemis sont bel et bien tombés dans le piège matrimonial.

Cette production avait été programmée en décembre 2020 mais annulée pour cause de covid. La présente distribution n’est pas exactement celle initialement prévue mais on ne peut que se réjouir que la musique ait finalement triomphé de l’épidémie.

Carmen S.

© Stofleth