Mais que de galères…
On l’appelle Billy Bang, à cause du personnage de dessin animé, tout petit. Ses parents on quitté l’Alabama ségrégationniste pour New York, mais bon, Harlem à la fin des années 1950, ce n’est pas la vallée où coulent le lait et le miel.
Billy Bang veut jouer du saxophone ou de la batterie, mais comme il est petit, on lui donne le petit instrument, le violon. L’instrument par excellence de la country, de la musique blanche. L’instrument de Charles Ingalls, pas celui de Charles Mingus, et… va faire du jazz avec ça.
Mais c’est comme ça. De toute façon, il obtient une bourse pour aller au lycée dans le Massachussetts et là-bas, il n’y a pas d’enseignement musical, alors tu as le choix entre ne pas faire de sax ou ne pas faire de violon. Il n’y a pas d’enseignement musical et c’est un lycée blanc. Une bonne occasion d’apprendre la solitude et les mauvais traitements, le harcèlement.
Mais le pire n’est pas certain et le bac en poche, il est immédiatement enrôlé dans l’armée américaine pour partir au Vietnam et on ne va pas se mentir : ça se passe mal.
Il ne se fait pas tuer, comme ses copains, mais il revient traumatisé et super véner. Il intègre un groupe révolutionnaire pour renverser le système qui l’a envoyé au Vietnam, qui l’a harcelé au lycée, qui l’a obligé au violon au lieu du saxophone. Déjà que ses grands-parents étaient esclaves, décidément, on n’en sortira jamais sans révolution.
Et puis bon, force est de constater que la révolution ne vient pas. Il faut pourtant bien que sa rage sorte et tout ce qu’il a, c’est d’avoir un jour jouer un peu de violon. Alors il le reprend, il le travaille, il ne veut pas faire de musique, il veut crier sa rage. Le free jazz permet de parler sans chercher à faire de musique. On n’a pas besoin de faire danser, comme le rythm and blues, la soul ou le funk. On n’a pas besoin d’être virtuose. Il suffit d’être parfaitement sincère, quitte à ressasser ses traumatismes. 30 ans après être revenu, il sort l’album Vietnam : The Aftermath (2001). Cinq ans plus tard, il sort un nouvel album Vietnam: Reflections.
Et il continuera à crier sa rage dans son violon, jusqu’à sa mort d’un cancer du poumon en 2011.
Mar
Marc Uhry et James Stewart
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