La première nuit a été un véritable cauchemar. Toutes les deux heures, une lumière de torche a traversé l’obscurité pour me réveiller, comme si le sommeil était un luxe qu’on ne pouvait pas me laisser. Ici, ils suivent un protocole strict : s’assurer que je ne tente pas de mettre fin à mes jours. Comme si l’idée même ne me traversait pas l’esprit à chaque instant.
À six heures, lasse de tourner en rond dans ma chambre, j’ai décidé de sortir prendre l’air. La cour est vide, à l’exception d’un homme assis sur une chaise en plastique, une cigarette entre les doigts, le regard perdu dans le vague. Il a l’air absent, mais il fume avec une sorte de lenteur étudiée, comme si chaque bouffée le ramenait à la réalité.

Le jour se lève, amplifiant l’aspect grisâtre de la cour de l’hôpital psychiatrique qui s’anime peu à peu. Des femmes de tous âges, cigarette à la main, discutent dans un brouillard de fumée. Parmi elles, un petit groupe se forme autour d’une table. Ici, le temps semble figé, rythmé par les pauses clope et les conversations qui refont le monde de la psychiatrie.

David est là, sourire aux lèvres, malgré les troubles psychotiques et l’alcoolisme contre lesquels il lutte. Sa mère, elle aussi malade, est internée à Montpellier.
À ses côtés, Audrey, le rire franc, raconte sa vie de famille chaotique : un mari handicapé, des enfants adultes toujours sous son toit. Elle plaisante en disant que l’hôpital est pour elle une forme de vacances.
Jess, plus duleiscrète, pianote sur son téléphone. À seulement vingt ans, elle porte déjà un lourd passé : addictions, mère toxique, internements répétés, petit ami violent. Trop tôt, elle a dû devenir adulte, s’occupant de ses sœurs, abandonnant ses études, glissant lentement vers la drogue. Son style poétique et mélancolique. Son visage est doux mais marqué par une certaine nostalgie. Ses cheveux noirs ondulés encadrent son visage et sont relevés en une coiffure élégante, avec quelques mèches lâchées.

Je remarque son tatouage discret sur son poignet. La fumée de sa cigarette semble se transformer en une envolée d’avions en papier, donnant une impression de rêve et de liberté.
A travers la fumée, ces âmes cabossées se dévoilent. Tous partagent une même réalité : des liens familiaux complexes et un quotidien où l’isolement est brisé, ne serait-ce qu’un instant, par la chaleur éphémère d’une conversation.





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