Romuald&PJ au Japon – jour 27
Il est 5h37, Romuald dort encore. Je suis sorti, le plus discrètement possible, après m’être habillé pour aller me chercher un petit café. Évidemment j’ai oublié les clés, j’ai donc dû remonter pour les prendre, à nouveau le plus discrètement possible. Être discret plusieurs fois d’affilée avec une porte qui grince c’est pas facile.
Hier il a plu presque toute l’après-midi et vu l’état des sols ce matin, on dirait qu’il a plu une partie de la nuit aussi. Je me suis posé derrière le Seven Eleven où je prends mon café sur l’espace fumoir d’un parking. C’est glamour, j’ai des pigeons qui me tournent autour, j’imagine qu’ils espèrent que j’ai quelque chose à manger, ce n’est pas le cas. J’attends que Romuald m’envoie un message pour me demander où je suis, comme ça je pourrai lui redescendre un petit café, nous ne prenons notre petit déjeuner qu’à 7h30. Hier donc, j’ai parlé mon texte sur mon téléphone. C’est une technique que j’ai l’air de maîtriser beaucoup mieux aujourd’hui, ou peut-être que la machine s’est habituée à mon accent méridional. C’est drôle, car on écrit pas comme on parle alors que moi, je pensais justement écrire comme je parlais. J’ai l’impression que le parler est beaucoup moins fluide que l’écrit, je dois penser des phrases construites avant de les dire, c’est un exercice très différent.
J’avais presque fini mon texte sous le porche quand le vieux monsieur qui tient l’hôtel est venu nous chercher pour un petit déjeuner pantagruélique. Nous sommes dans un hôtel modeste, mais tout y est très propre et bien entretenu. Si ce n’est qu’il y a plusieurs tables pour recevoir plusieurs clients, la salle à manger où nous sommes pourrait être une salle à manger familiale. La télé est allumée, il y a des informations à cette heure là. L’attitude des journalistes télé au Japon est très différente de celle des Français. Évidemment, je ne comprends rien à ce qu’il raconte, je peux juste analyser les images, mais le ton du duo de présentateur impose un sérieux presque militaire, quand, en France, les journalistes tentent de créer une certaine complicité avec leur public.
Vers 9h00 une fois prêts, nous sortons prendre le train pour la petite ville d’Obuse où se trouve le Musée Hokusai. Comme nous avons une grosse demi-heure à perdre. Nous prenons un jus de fruit que nous buvons au fumoir du Seven Eleven. Prendre les billets de train est une aventure car à la différence de Tokyo ou Takasaki la carte Suica n’existe pas ici. C’est le guichetier à la gare qui nous aidera à prendre les billets. Le quai de la gare est glauque.
Nous sommes dans un train express. Le trajet est relativement court. De ce que j’ai vu du pays, il semblerait qu’il n’y ait pas vraiment de campagne ici, c’est-à-dire qu’une fois sortis des grands centres urbains, se mêlent des zones agricoles, d’habitations , industrielles ou commerciales. Il y a des rizières, de la culture maraîchère, et quand nous nous approchons de notre destination, ce sont principalement des pommiers et des vignes qui font le paysage.
Il nous a fallu un petit quart d’heure pour rejoindre le musée en sortant du train. Nous nous retrouvons dans une sorte de village reconstitué dont les maisons sont des commerces destinés aux touristes ou des restaurants. Le musée n’est pas cher, nous rentrons pour 500 ¥. Mais seules deux salles sur cinq sont ouvertes, pour 2,50 € ce n’est pas bien grave, seulement décevant. Dans la première salle il y a deux chars, du type de ce que l’on voit dans les Matsuri, dont le décor a été réalisé par l’artiste.
Il y a également une des multiples variations de la fameuse vague. Je ne peux pas m’empêcher de faire un selfie (Pour en savoir plus sur mon addiction au selfie, j’ai écrit une chanson). Il y a enfin la peinture d’un dragon dont l’expression donne l’impression qu’il s’excuse d’être là, on a envie de le caresser et de lui dire « c’est pas grave, ça va passer ». Dans le couloir qui mène à la deuxième salle, on passe à côté d’un espace de jeux pour les enfants sur la thématique de l’artiste. La deuxième salle est intéressante car on y trouve des pièces très éloignées de l’image, de la vague ou du mont Fuji. Il y a une sorte de bande dessinée sur un rouleau qui raconte l’histoire du mariage de la famille renard.
Un dessin nous interpelle autant Romuald que moi, il représente une tête décapitée. Il y a, enfin, des illustrations qui pourraient être perçues comme les tout premiers mangas. Nous passons par la boutique, mais les tarifs exorbitants qui sont pratiqués nous incitent à ressortir sans la moindre chose.
Après une brève balade dans le village à touristes, nous partons vers le temple Gansho-in où une peinture sur bois du peintre Hokusai est exposée. Nous avons une grosse demi-heure de marche, il bruine un peu mais il ne fait pas froid. Pour une fois, nous avons nos parapluies avec nous un jour de pluie. Là encore, nous sillonnons entre des champs de pommiers, de châtaigniers, des maisons et des serres agricoles. Le paysage est très beau car nous nous approchons de la forêt. La forêt que nous voyons est si dense qu’elle semblerait être une Muraille.
Nous alternons la marche avec sans parapluie. La position du temple à l’orée de la forêt donne une ambiance toute particulière. Nous devons nous déchausser et payer l’entrée. Le bouddhisme a bien compris comment générer de l’argent. Contre un billet de plus, nous demandons un Goshuin pour nos Goshuin-co, cette petite calligraphie mélangée à des estampes au tampon que les moines réalisent dans presque chaque temple que nous visitons. On me propose un audioguide et je l’accepte. Le lieu est très agréable à visiter. Il y a de nombreux objets que j’arrive plus ou moins à déchiffrer grâce à l’audio guide. Le Phénix d’Hokusai est une peinture sur bois collé au plafond qui doit mesurer quelque chose comme 3 m sur trois. Une des particularités de cette peinture se trouve dans le regard de la bête qui vous suit où que vous vous trouviez. À côté sont exposés les pigments qui ont servi à sa réalisation et grâce à l’audio guide j’apprends leurs provenances. Nous nous promenons ensuite dans les jardins et le cimetière qui entourent le temple et nous rebroussons chemin. La ballade est toujours assez agréable, mais la pluie s’intensifie. Google Maps, nous emmène dans une minuscule gare qui n’était pas celle que nous cherchions, mais par chance, le train qui nous ramenait à Nagano passait par là quand même.
Sur le chemin du retour, la pluie durait et l’après-midi avec Bidule nous semblait de plus en plus compromise. Nous avons réfléchi à une activité de remplacement. Après avoir mangé un Ramen, nous sommes revenus à l’hôtel pour récupérer nos serviettes et nous sommes partis ensuite au onsen. Comme pour le temple ce matin, celui-ci se trouve à l’orée de la forêt, les installations sont géniales avec de nombreux bains et des jets massants mais surtout un bain extérieur avec la vue sur la forêt. C’était un paysage superbe. Après cela, nous avons rejoint la ville et le quartier de la gare où nous nous sommes promenés en rentrant dans quelques boutiques sans jamais rien acheter. Vers 18 heures, nous sommes allés boire un verre en mangeant quelques tapas qui ont fait notre repas du soir. Le ramen du midi était vraiment très copieux. Aux alentours de 20 heures, nous étions dans notre chambre en kimono et à 22h heures je m’écroulais. On dort sacrément bien sur un tatami, l’étrangeté vient de l’objet qui nous sert de coussin. Il est dur comme de la pierre un peu molle et pèse une tonne.








