Lors de nos précédentes escales en Afrique-du-Sud, nous n’avons pas encore croisé le Maskandi. C’est un style musical porté par des musiciens itinérants, qui s’accompagnent le plus souvent à la guitare, avec un jeu inspiré des lamellophones : une ligne basse saccadée, jouée au pouce pendant que les autres doigts jouent une contre-mélodie dans des aigus plutôt secs. Le Maskandi chante le quotidien, une chronique contée de la vie du chanteur.
C’est dans cet environnement qu’a grandi Sibusile Xaba, né en 1984 dans une province un peu paumée, près de la nature, près de la vie et des racines invisibles où elle puise son énergie.
Mais venu à la capitale, il a étudié auprès de Dr Philip Tabane, le grand maître du Malombo. Et le Malombo, c’est une musique mystique, la rencontre entre les rythmes traditionnels, les musiques rituelles notamment associés à des cérémonies de guérison, et le free jazz.
Alors dès son 1er album en 2017, Sibusile Xaba entrelace ces deux influences et en emprunte d’autres, notamment le Desert Blues, pour proposer un feulement, une invocation, un râle, un chuchotement, une banalité quotidienne, sur une musique qui oscille entre la répétition transe d’un vieux blues rayé et la sophistication du jazz le plus libre, amenée très délicatement.
Bien qu’il soit autodidacte, ayant lui-même fabriqué sa première guitare à l’âge de 14 ans, il est considéré comme un « guitar savant« . L’apparente simplicité douce de ses arpèges ritournelles camoufle une infinité de petits accidents, des fêlures qui laissent passer la vie, qui laissent remonter toutes les forces recroquevillées dans la terre et toutes les forces qui naviguent dans le ciel et donnent naissance aux vents.
Les chants peuvent lui être apportés en rêve par les ancêtres, ils peuvent s’adresser à son fils ou aux dieux, ils peuvent apaiser et guérir les coeurs en feu.
Pour cette avant dernière étape de notre odyssée, perchés sur les ailes de Sibusile Xaba, nous vous offrons un peu de guérison.
James Stewart et Marc Uhry
Retrouvez l’intégralité des nouvelles hybrides, chaque jour, augmentées : ICI
