CHRONIQUES DE VOYAGES DE PJ – derniers jours et conclusion – #BIDULEJAPAN2026

Romuald&PJ sont rentrés du Japon – Conclusion

 

Maman va bien, Papa aussi. Appeler à la maison est la deuxième chose que j’ai faite après être sorti de l’avion, la première étant d’allumer une cigarette.

Il manque deux jours à ma chronique, pas des plus passionnants pour être écrits minutes après minutes depuis mon balcon avec vue sur les cèdres du Liban qui nous protègent du tumulte très relatif de la Grande rue de Saint Clair au mois d’août.

Notre dernière matinée à Nagano s’est soldée par une randonnée urbaine de deux fois 45 minutes pour visiter un énième magasin de produits de seconde main. Nous devions visiter le musée d’art contemporain de la ville mais nous n’avions pas pris en compte que le mercredi était le jour de fermeture. Avant cela, j’avais dicté mon texte à mon téléphone comme la veille faute d’avoir mon ordinateur avec moi. Nous avions du temps à perdre alors nous avons profité longuement du sentō de l’hôtel. Notre logement était très économique par rapport à sa situation en bordure de la grande rue couverte qui fait d’elle ce qui nous semble être le centre commerçant de la ville. En me levant tôt, j’ai pu constater que les clients n’étaient pas des touristes mais des travailleurs étrangers, des jeunes ouvriers philippins je pense. Après notre petit déjeuner toujours aussi copieux, la salle de bain avec sa grande baignoire d’eau très chaude nous était réservée, l’heure du travail avait sonné pour les autres.

 

Nous avions laissé nos affaires à la réception en sortant et le cuisinier qui nous avait servi le petit déjeuner nous a posé des questions sur Bidule qui l’intriguait alors qu’il étouffait dans son sac IKEA semi-transparent. Je l’ai sorti et après avoir enfilé puis retiré le masque je lui ai donné une carte de visite et une des dernières petites cartes imprimées par nos soins avec l’explication du projet. Il nous a demandé si nous nous étions produits sur une scène de Nagano. Nous lui avons répondu que nous avions fait des photos et nous sommes sortis pour marcher. Romuald a acheté un dernier T-shirt, il a refait sa garde-robe au Japon, et une chemise imprimée pour le mariage de Léa et Laurent qui promet d’être coloré. De mon côté j’aurai un nouveau chapeau cet hiver.

Une heure et des brouettes plus tard, nous revenions à l’hôtel pour reprendre nos affaires, il n’y avait personne à la réception, nous n’avons pas usé de la sonnette d’appel, on est parti sans dire au revoir.

Nous avons grignoté des trucs dans le bistrot où nous avions pris l’apéro la veille et nous avons rejoint la gare centrale à pied. Comme souvent dans les grandes villes du Japon, la gare est un grand centre commercial, c’est plus facile de trouver des Pokemons que le train. Nous nous sommes félicités d’être prévoyants question timing.

En descendant du train à Takasaki, il faisait très chaud comparé aux températures d’altitude de Nagano, le vent en sus nous étions dans un sèche-linge. Nous nous sommes retrouvés le soir avec Frédéric pour déguster les Sakés que nous n’avions pu boire quelques jours avant car la petite échoppe était déjà farcie de clients. Nous avons mangé du poulet frit qui m’a fait penser à notre repas chez Popeye à Brooklyn en 2022, cela ne restera pas dans les anales des arts culinaires japonais. Frédéric est rentré chez lui et nous sommes passés par le Howwhat pour saluer une dernière fois Fujii car le bistrot serait fermé le jeudi soir. Pour la première fois depuis notre arrivée, il n’y avait pas de DJ et Fujii était seul dans son bar. Il avait l’air heureux qu’on passe. On a bu nos derniers gins soda à Takasaki en échangeant grâce à nos téléphones et nous sommes rentrés nous coucher.

 

Nous nous réveillons jeudi matin. La valise noire était déjà remplie avec la production artistique et tout le matériel acheté ou récupéré au fil du voyage. L’exposition de Takasaki n’est que la première partie de ce que nous voulons réaliser.

En théorie, nous avions la matinée du vendredi pour remplir la valise orange avec nos vêtements et tout le reste. Tout le reste, ce n’est pas rien ! Il y a les chargeurs d’ordinateurs, de mes oreilles, des téléphones ou des batteries de la cigarette électronique de Romuald. Il y a nos paires de chaussures, les tongs, les parapluies. Il y a la grosse Daruma que nous a donné Frédéric qui me regarde borgne-qu’elle-est, depuis le fond du balcon d’où je vous écris. Bref nous avons accumulé quantité d’objets en plus de ceux que nous avions amené avec nous et remplir une valise qui ne doit pas dépasser 23kg n’est pas une mince affaire. Moi je stresse un peu et ça agace Romuald car c’est lui qui le fait.

 

Alors que je commençais à peine à écrire ma dernière chronique, Romuald calculait notre horaire de train pour rejoindre l’aéroport le lendemain et là patatras, notre avion n’était pas vendredi en fin d’après-midi mais vendredi à 10h30, présence obligatoire à l’aéroport à 7h30 dernier carat, deux à trois heures de trajet depuis Takasaki donc départ du Palais des paris vers 4h du matin quand les premiers trains partent vers 5h00…

Changement de plan ! Nous devions passer la journée avec Frédéric et Bidule dans un parc d’attractions très spécial. C’est une usine qui produit du « konnyaku » (konjac en Français), c’est un aliment qui prend des formes différentes comme des sortes de nouilles ou une espèce de pâte qui rappelle par sa texture la pâte de coings, cela n’a pas beaucoup de goût. Cela donne une impression de satiété et c’est vierge de toutes calories. Le concept du parc d’attractions est un peu choquant pour nos yeux de bourgeois gauchistes occidentaux car les bêtes de foire que l’on y trouve sont les ouvrier-es de l’usine que l’on regarde travailler depuis des passerelles.

Quand nous prévenons Frédéric que nous devons partir le jour même il nous propose de faire l’usine ou un bon repas, on choisit le repas.

J’arrête d’écrire, je réserve une chambre dans un hôtel d’Haneda (l’aéroport de Tokyo) et on va récupérer la caisse à Bidule dans la salle d’exposition. J’observe Romuald qui s’agite à terminer les valises. On range le Palais pour le rendre au moins aussi propre que nous l’avons trouvé. Je rassemble dans mon sac à dos et mon tote bag les petites choses qui restent et les quelques affaires utiles pour nos dernières heures au Japon et dans l’avion comme mon gilet rouge protecteur de climatisation ou une culotte propre.

La route est longue au milieu des rizières de Takasaki pour rejoindre le restaurant, Frédéric nous offre ce dernier repas ensemble. Ce seront des sashimis sur un plateau avec tout un tas d’autres choses dont le fameux konnyaku, c’est tellement copieux que je ne pourrai pas terminer mon plat. Nous qui étions des amateurs des restaurants japonais avant d’y aller, je ne sais pas comment nous pourrons à nouveau manger des sushis en France après ce voyage sans être déçus.

Yoshiko l’épouse de Frédéric, était dans le train à cette heure-là, de retour de Tokyo où elle travaille. Nous devions la rejoindre une heure avant de prendre notre train pour prendre un café ensemble. Après le repas, nous avons flâné dans la forêt de Gunma qui porte le nom de la préfecture régionale. C’est un grand parc arboré très agréable où comme partout au Japon, il y a des toilettes tous les 100m, il doit y avoir un lobby des chiottes très puissant dans le pays.

 

Nous rejoignons Yoshiko dans un fast-food à sushis, elle mange un peu et je bois un Fanta violet alors que celui de Romuald est vert nucléaire. Nous y restons une petite heure et l’heure de prendre le train arrive.

 

Nous sommes chargés comme des mules avec nos deux valises de 23kg, la caisse à Bidule dont la cavité est remplie de divers objets et linges sales, un sac à dos chacun et un tote bag chacun. C’est un train de banlieue qui ressemble à un métro, il y a des bancs de chaque coté du train et beaucoup d’espace au centre pour être debout. Avec notre chargement, on s’installe là où il nous semble que nous dérangerons le moins. Je fais une photo de Romuald avec ce merdier pour la poster sur Facebook. En parallèle de Facebook la photo se publie automatiquement sur Thread (Une sorte de twitter créé par META). Bad buzz… Je m’en rendrai compte plus tard.

Le trajet est long, le train se remplit de plus en plus en s‘approchant de Tokyo. Nos bagages sont très encombrants. Nous arrivons enfin à la gare qui fait correspondance avec l’aéroport. C’est une heure de pointe, il y a un monde fou. Il y a beaucoup de touristes avec des bagages mais aussi les travailleurs japonais qui rentrent chez eux. Au sol est indiqué ce que nous croyons être le train pour l’aéroport. Nous faisons la queue et ne pouvons pas rentrer dans le premier train qui passe. Nous rentrons difficilement dans le suivant qui s’avère ne pas être le bon. La caisse à Bidule écrase les pieds de Romuald quand je me trouve en position de rappel à 45° accroché tant bien que mal à une barre du métro. Un jeune homme japonais anglophone nous dit de sortir du métro car ce train ne part pas à l’aéroport, il sort avec nous et après avoir étudié les panneaux d’affichage nous dit de prendre le train suivant sur le quai en face et s’en va. Merci à lui.

Je vois des notifications sur le réseau Thread… Bad buzz donc, sur la photo Romuald est assis sur les places réservées aux handicapés et nos valises bloquent l’accès aux places qui restent. Je tente tant bien que mal de m’excuser et d’expliquer notre ignorance mais des dizaines de messages se succèdent… Je vais finir par supprimer la publication. Je crois que nous avons fait tous les efforts du monde pour ne pas faire trop d’impairs pendant ce voyage et je reconnais très volontiers la faute.

Une fois à l’aéroport, nous allons à l’hôtel. C’est une usine avec probablement des milliers de chambres. Le check-in se fait sur des bornes, c’est un peu compliqué et une employée nous aide. Après avoir déposé notre bordel dans notre petite chambre nous allons chercher le fumoir. C’est glauque comme d’habitude. Nous irons chercher des sandwiches dans un konbini que nous mangerons dans notre piaule en regardant avec un peu de consternation la télé japonaise qui diffuse des jeux auxquels nous ne comprenons rien mais qui ne laissent pas présager un niveau intellectuel bien haut. J’enfile mon pyjama fourni par l’hôtel et je ne le quitterai plus même pour faire nos allers-retours au fumoir.

 

Après nous être levés et préparés pour le départ, nous nous lançons dans le parcours du combattant qu’est un voyage en avion. C’est long, compliqué car tout se fait sur borne même l’enregistrement des bagages. La caisse à Bidule inquiète une employée qui finira par nous accompagner dans la démarche. Merci à elle.

Probablement pour des raisons de sécurité j’imagine, nous avons dû faire des reconnaissances faciales sur différentes bornes. Nous avons dépensé les derniers yens qui nous restaient dans les duty-free de l’aéroport. Nous avons découvert les fumoirs que nous croyions inexistants 20 minutes avant l’embarquement, je ne m’étais pas encore patché. Je me suis rassasié de nicotine.

Quatorze heures de vol c’est long. Au décollage, je ferme les yeux et je me concentre en explosant la main de Romuald. Romuald me fait le débrief de ce qu’il voit. Je finis quand même par ouvrir les yeux et regarde une dernière fois Tokyo. On passe au dessus de la Tour Skytree où nous étions montés trois semaines avant. C’était vertigineux dedans alors dessus…

Quatorze heures de vol c’est long. J’ai vu deux opus d’Avatar, le premier est mieux. J’ai revu l’épisode III de Star Wars « La revanche des Sith », j’adore cet épisode qui montre la naissance de Dark Vador. La scène de combat parallèle entre Anakin et Kenobi dans les flammes d’un côté et Yoda et l’Empereur dans le Sénat de l’autre est d’anthologie. J’ai essayé de dormir mais l’angoisse de l’avion m’en empêche. J’ai mis un épisode des Avengers, c’est suffisamment soupe et long pour que je puisse dormir un peu et continuer à voir des images au moment redouté de l’atterrissage.

Le passage de la police de l’immigration est chiant mais pas interminable. On récupère nos bagages et Bidule assez vite et on se fait interpeler par les douaniers qui nous voient trimballer un grand sac en plastique où DUTY FREE est marqué en gros. On leur explique ce qu’il y a dans Bidule et nous sommes dans les clous pour nos achats.

On fume, j’appelle maman et on part chercher notre train retour pour Lyon.

 

On est toujours content de retrouver sa maison. On dit bonjour aux plantes, la voisine s’en est bien occupée. Le pistou est mort mais toutes les autres ont grandi. Même l’orchidée qui avait eu la bonne idée d’accoucher de deux belles fleurs juste avant le départ a gardé ses bébés en forme pour que nous puissions en profiter un peu.

 

Le matin, je suis à l’Ouest au sens propre comme figuré. Le Frigo est vide et je pars au marché de la Croix-Rousse. Je veux manger des trucs bons et français, les sushis ça suffit. Les transports en communs le mois d’août c’est pas simple. Je prends un certain plaisir à retrouver de la mixité dans mon entourage. J’ai pris de quoi faire une ratatouille et des haricots verts, de la salade verte et des tomates. J’aurai bien bouffé une entrecôte mais le boucher est en vacances et la viande du marché bio est hors de prix. Au retour à Caluire, je passe à la boucherie hallal et je prends des grillades.

On mange la grillade avec de la salade. On est défoncé, on projette la sieste mais on se dit que le mieux c’est de sortir en début de soirée. Avec le décalage horaire à 20h00 à Lyon il est 3h00 du matin dans notre cerveau toujours japonais. Il faut qu’on se couche plus tard pour reprendre un rythme. On fait signe aux copains par Messenger et ceux qui ne sont pas en vacances quelque part répondent présent.

 

Frédéric nous a envoyé ce matin le film critique qu’il a réalisé, il y a encore des ajustements à faire pour sa diffusion mais on a un petit teaser que je vous donne ici. Dès notre premier entretien filmé il nous a dit que nous avions un droit de regard sur son travail. Nous avons décliné l’offre. Un travail critique extérieur ne peut pas être amendé. Nous sommes très reconnaissants pour ce travail et pour tout ce que lui et Yoshiko ont fait pour nous ces dernières semaines. Merci à eux.

 

Merci à l’équipe du Zèbre d’avoir supporté pendant un mois mes élucubrations.

Merci à vous de m’avoir lu.

Pierre-Jean

 

L’Insta de Romuald&PJ