L’univers de Marco Jeru

LIVRES

2666, livre de Roberto BolanoRoberto Bolano : 2666 (Bourgois)
Une traversée du Mal au XXème siècle en même temps que du globe. Un mystérieux écrivain allemand (l’ombre de B. Traven), des critiques littéraires à sa recherche, les meurtres de femmes à Ciudad Juarez en toile de fond… Le monde sans dessus dessous, des digressions et de l’étrange… L’ultime voyage inachevé de l’auteur chilien des Détectives Sauvages, Anvers, Des Putains meurtrières, La Littérature Nazie en Amérique…

Greil Marcus : Lipstick Traces, une histoire secrète du XXème siècle (Allia, poche Gallimard)
Un classique des sciences humaines qui propose une histoire des contre-cultures au XXème siècle, notamment une filiation étonnament pertinente, de Dada au Punk en passant par Guy Debord et le situationnisme. Reste-t-il d’ailleurs un autre fil à tirer? Encore un effort, ami dériveur, l’Histoire sourit aux audacieux !

Danielewsky : La Maison des Feuilles (Denoël)
Un tatoueur découvre le manuscrit d’un film documentaire chez un écrivain aveugle qui vient de tirer sa révérence. Il y est question d’une étrange maison à géométrie variable. Trois récits s’enchâssent, la mise en page et les jeux de police expérimentent leurs possibilités… Drôle de livre, ô combien ambitieux ! P.S. :  gare aux notes de bas de page, elles valent bien celles de David Foster Wallace dans l’Infinie Comédie !

Cormac McCarthy : Méridien de sang
Un roman western historique, violent et noir. Une immersion hallucinée dans l’état de  Nature, où les bons sauvages et les vaillants cowboys peuvent aller se rhabiller. Rousseau is dead, Pocahontas is a slut. Style hypnotique sans syntaxe, façon « Ancien Testament » : oeil pour oeil dent pour dent. La conquête de l’Ouest au scalpel, aux sources de cette obscure civilisation de la bible et du flingue.

 

MUSIQUE

Wire : Send (2003)
Après dix ans de silence, le quatuor de Colin Newman, étendard du punk anglais depuis Pink Flag (1978), revient en 2003 avec ce somptueux opus électro/indus, où  mélodie et sauvagerie font  heureux ménage. Riffs tranchants, rythmes galopants, guitares superposées à l’envi, voix tantôt calmes tantôt vociférantes, subtils mixes de DJ Fuckoff, le groupe délivre une énergie rugueuse et planante à la fois.

The Swans : To be kind (2014)
Après une trêve de quatorze ans, les cygnes emmenés par le démiurge Michael Gira renaissent de leurs cendres avec My Father Will Guide Me Up a Rope to the Sky (2010). Suivent The Seer (2012), To Be Kind (2014) et The Glowing Man (2016). Fantastiques LP de plus de deux heures chacun,  métal psychotrope sculpté dans la lave en fusion sur des plages s’étirant allègrement sur plus de vingt  minutes. Spires sonores hypnotiques des guitares entrechoquées, percussions surpuissantes (1 batteur + 1 percussionniste), envoûtement et invective au « Mike giratoire »… la catharsis est au bout de l’épuisement.

 

Colin Stetson : New History Warfare, vol. 1 et 2 (Judges) (2008-2011)
Maître ès respiration circulaire, ce jeune saxophoniste est époustouflant. Combinant lignes mélodiques et rythmiques sur les touches de l’instrument, à quoi il ajoute une ligne de voix, l’énergumène crée à lui tout seul, sans pédale d’effets, des cosmos sonores d’une profondeur indicible. De Braxton à Chemical Brothers en passant par Tom Waits et Arcade Fire, tous se l’arrachent. Ceux qui l’ont vu à Vaulx Jazz cette année en ont encore le souffle coupé.

Lee Hazlewood : Love and other Crimes (1968)
Pour terminer, une pépite toute en détente : Lee Hazlewood. Voix suave et grave, arrangements  merveilleux, morceaux brassant chansons blues, balades country, jazz lounge… l’auteur de These boots are made for walking (avec Nancy Sinatra) est ici à son apogée et sillonne tous les genres, tranquille, quelque part entre Johnny Cash et Ennio Morricone, Leonard Cohen et Lalo Schifrin. Album parfait d’un artiste obscur dont on ne compte plus les fans.