Comment épèles-tu le changement
comme un slogan imprimé sur un sous-vêtement
avec les conserves vides des signifiants d’hier
avec les noms d’hier ?
Et ce à quoi les nous-gazelles voient avec
qui ont perdu leurs Je ?
Il ne reste plus rien de beau dans les rues de cette ville.
J’en suis venue à croire à la mort et au renouveau par le feu.
Le passé interroge les nécessités du sang
ou pourquoi l’époque doit être mienne ou celle de mes enfants
de voir le craquement sinistre de la ville
pour renaître peut-être
encore noircie
mais cette fois avec un sens de l’à-propos ;
fatiguée de la tension passée, d’assertions et de répétitions
des délires auto-centrés d’un soi inachevé
où des fiertés de deux ans appelaient des promesses mais désormais
voici venu le temps du fruit et toutes les agonies sont stériles –
seuls les enfants grandissent :
Pour quel autre le soi peut devenir tout
salut par faire du soi sa propre nouvelle religion ?
Je suis liée comme une vieille amoureuse – une croyante sincère-
à la mort de cette ville par accumulation et lent rituel,
et j’assigne sa pénitence en procès
comme on essaie un nouveau métal
je soumets aussi mes enfants à ses affres de mort et d’agonie
et ils ne sont même pas ces amoureux de la ville.
Mais je les soumets à la méchanceté
et au froid grandissant des brutalités
au feu à la rage aux scarifications
à être essayés comme un nouveau métal peut l’être ;
et dans ses déchets la ville les testera
comme l’éclaboussure sanglante d’une victime royale
teste la main de l’égorgeur.
II
Je me cache derrière les immeubles et les métros
dans les corridors fluorescents
regardant les flammes descendre les rue d’un autel d’empire
faisant rage le long des veines du pot-de-chambre sacrificiel
barbouillé sur la rive Est d’un continent d’insanités
conçu dans le crépuscule psychique d’assassins et de pèlerins
organisés par l’argent
par le cauchemar et par trop de mauvaises gens
qui ne démissionneront pas ni ne mourront,
qui ne peuvent ployer
même sous le vent de leur propre préservation
même sous le poids de leurs propres haines
qui ne peuvent amender ni concevoir
ni même apprendre à partager
leurs propres visions
qui réduisent les enfants en poudre
au mortier des églises
fouraillant les entrailles de plastique
de métal et de chair de leurs ennemis
dans les temples de l’heure de pointe du métro
se doigtent et se révèrent l’un l’autre en secret
et croient prier
quand ils s’accroupissent
pour chier des graviers-monnaie
taillés comme le cerveau de leurs parents
qui existent pour rouler dans la poussière
pour exister encore
plus gros et plus gras
sans même céder un pouce
d’espace ou de souffle ou d’énergie
de leur magot personnel.
J’ai n’ai pas besoin de faire la guerre ou la paix
à ces diacres meurtriers cabrés
qui refusent de reconnaître leur rôle
dans cet engagement au sein duquel on se vautre
et par là en sont venus à craindre et mépriser
jusqu’à leurs propres enfants ;
mais je me condamne moi-même, et mes amours
passées et présents
et l’enthousiasme béni de tous mes enfants
pour cette ville
sans raison ni futur
sans espoir d’être essayés comme un nouveau métal peut l’être
avant d’être prêt à égorger.
Je marche le long des limbes putréfiées
de ma dernière maison abandonnée
et rien ne reste qui vaille d’être sauvé
dans cette ville
à part les voix faibles et fluettes
comme les échos de ceux qui furent
des enfants magnifiques.