#7- Macbeth the Great : Buy me a Zeppelin

Buy Me a Zeppelin

Quand il naît à Trinidad-et-Tobago, en 1904, le petit Fritz  Patrick Mc Donald ne grandit pas exactement dans la langueur paradisiaque d’une destination touristique caribéenne. Trinidad-et-Tobago est une colonie anglaise entièrement vouée à la culture de la canne à sucre, du café, du cacao. Les plus âgés sont nés esclaves. Leurs ancêtres sont arrivés avec leurs propriétaires français au XVIème siècle et continuent largement de parler patwa, bien que la colonie qui a changé une trentaine de fois de colonisateur, soit depuis longtemps contrôlée par les anglais.

Le Calypso a des racines profondes et des ramifications en mangrove presque infinie. Les esclaves ont ramené avec eux des polyrythmie africaines et cet encouragement, Ka Isu, « vaz-y ! » en langue Efik, principalement parlée au Nigeria, qui pourrait être à l’origine du terme Calypso. Au départ, la musique se joue surtout dans les fêtes de fins de vendange, les Canboulay (« cannes brûlées »), où les instruments traditionnels africains, adaptés aux réalités locales se jouent derrière un chanteur soliste, nommé « chantuelle. » Ces fêtes ont une vocation de carnaval et c’est l’occasion d’exprimer des positions politiques, des revendications sociales, une nostalgie de l’Afrique, de plus en plus romantisée avec le temps, comme dans la chanson que nous vous présentons ici.

Originairement en créole français, le Calypso s’anglicise progressivement, mais reste très créolisé et l’accent caribéen demeure très marqué : on n’est pas là pour s’excuser d’être ce que l’on est pour revendiquer d’avoir ce qu’on n’a pas. La vocation de plus en plus politiquement explicite du Canboulay a amené la police coloniale à restreindre les libertés concédées à cette occasion, ce qui s’est traduit par des émeutes lors des Canboulay de 1881 et 1884. Ces émeutes ont elles-mêmes eu un effet en retour de durcissement des restrictions imposées lors des Canboulay. Certains instruments, soupçonnés de véhiculer les messages d’appels à la révolte ont été interdits. Ils ont progressivement été remplacés par d’autres instruments, ceux-là occidentaux et tout ce qu’on peut dire du Calypso, c’est que le premier morceau enregistré e fût en 1914.

Le système colonial est demeuré féodal, directement administré par une compagnie. Fitz Patrick Mc Donald avait 21 ans, lorsque les premières élections eurent lieu, en 1925, où 6% de la population avait le droit de vote. Ce contexte de dureté politique et de misère ouvrière s’est intensifié avec la crise de 1929, et la colère sociale s’est cristallisée, portée par exemple par le message panafricaniste de Marcus Garvey (il n’est d’ailleurs pas exclu que les chants politiques d’un chanteur unique entouré de musiciens, et le retour vers la mythique Afrique originelle, puissent être la puissante source d’où coulent depuis les contre-temps du reggae jamaïcain…).
Ce message a peut-être résonné plus fort qu’ailleurs chez les afro-descendants de Trinidad, qui est une île dont la population a été multipliée par 5 en un siècle, sous l’effet d’une importation massive de travailleurs indiens par le colonisateur, qui a libéré les anciens esclaves de la possibilité même de travailer.

Bref, crise politique, misère économique, colère sociale sur fond de contestation des Etats et des frontières : le cocktail parfait pour générer une immigration de masse un peu partout en Amérique centrale et surtout, vers la terre des chimères : New-York. Et quand les peuples bougent, ils emportent la musique à leurs semelles.

A New-York dans les années 1930, les formations de Calypso qui se recomposent peuvent compter sur un public, qui a émigré avec elles. Il n’y a plus qu’à faire tâche d’huile dans les années 1940, arrondir un peu le style pour le rendre plus audible aux oreilles yankees et le laisser chanter par des stars de cinéma comme Harry Belafonte ou Robert Mitchum, pour s’assurer un triomphe mondial.

Alors quand Fitz Patrick Mc Donald débarque à New-York en 1940, après avoir essoré les tents, ces cabarets de bambou de Port of Spain, la capitale de Trinidad, il fait ce que fait un trinidadien : il réunit une douzaine de musiciens et monte sa formation de Calypso, les Creole Rythm Boys. A l’époque, tous les chanteurs prennent des noms ronflants : Attila the hun, Lord Invader, Mighty Sparrow, Calypso Rose, Roaring Lion,… Il y a même un Black Stalin, à la stratégie marketing audacieuse.

Alors Fitz Pratick n’y va pas non plus de main morte. Il sera Macbeth The Great et dans le Harlem des années 1930 et 1940, il part à l’assaut du public américain. Avec son sens de la satyre politique, des textes à double niveau de lecture, souvent enrobé d’humour et une diction très claire qui permet de saisir ces finesses clairement, il fait partie des leaders du genre et même lorsque le Calypso des années 1950 s’affadira en soupe mondiale, il n’aura ni l’envie ni l’obligation de renoncer à son authenticité.

Parmi les pionniers, il commence à enregistré en 1946 et fait partie des figures centrales de Harlem, mais il est malade et reste cantonné à New York, où il continue de se produire dans les clubs emblématiques comme le Village Vanguard. Et il continue d’enregistrer, mais décède en 1957 à 52 ans, laissant de quoi publier quelques titres posthumes.

Macbeth The Great s’éteint alors que le Calypso semble englouti sous la vague montante du rock’n roll. Mais ce n’est qu’une impression médiatique, car le Calypso a irrigué toutes les antilles, il s’est ouvert la porte de l’Amérique du Sud par le Vénézuela. Partout, il sera adapté et transformé. Enseveli médiatiquement, le Calypso incarne si bien l’adage attribué au poète grec Dinos Christianoupoulos : « ils ont voul nous enterrer ; ils ne savait pas que nous étions des graines. »

James Stewart & Marc Uhry

Buy me a zeppelin, doo-doo darling
Buy me a zeppelin
Well a steamboat and then I must
Be an explorer like Columbus
So baby, buy me a zeppelin, doo-doo darling
Buy me a zeppelin
Well a steamboat and then I must
Be an explorer like Columbus
Yes, to every isthmus and every lake
I want to be like Sir Francis Drake
Vasco Nunez, Vasco da Gama
And Columbus who discovered America
So baby, buy me a zeppelin, doo-doo darling
Buy me a zeppelin
Well a steamboat and then I must
Be an explorer like Columbus
I don’t mind if I’m all alone
I’m going to take a chance in the canal zone
Then to the desert of Sahara
To see my grandparents in Africa
So baby, buy me a zeppelin, doo-doo darling
Buy me a zeppelin
Well a steamboat and then I must
Be an explorer like Columbus