On ne sait quasiment rien d’elle, ni de son label, même après avoir essoré internet, supplié auprès des IA. On ne sait même pas en quelle année a été enregistré ce morceau. Il parait que c’est typique de ces artistes funk californien underground de la fin des années 1960. Un funk lourd, puissant, nerveux, qui s’enregistrait sur des labels éphémères, en 45 tours à tirage ultra limités. Ce qui ne les a pas empêchés de devenir culte (le 45T de ce titre de Delores Ealy s’arrache à prix d’or..), surtout depuis une réédition collective en 2005 « Rare funk 45’s from the Golden State. »
Le funk est un syncrétisme de musiques afro-américaines, la soul, le rythm’n blues, les jazz band. Le terme funky en argot anglo-américain signifie « pue-la-sueur », c’est une injure courante des blancs envers les noirs, que ceux-ci se réapproprient pour le revendiquer. Un retournement du stigmate dirait Erving Goffman ; d’ailleurs l’un des premiers titres à populariser le funk sera I am black and I am proud, de James Brown.
Mais bien avant, c’est dans les bars de la Nouvelle-Orléans que les pianistes, qui essaient de reproduirent tous les insttupents en un seul, ont commencé à appuyer excessivement sur le premier temps. Cette manie est descendue dans les rues, dans les brass band, avec une section rythmique nerveuse, centrale, focalisée sur le groove, une section rythmique qui ne donne pas la cadence, mais qui attrape le corps par les hanches, par l’estomac, pendant que le charleston au ttiple galop prive le cerveau d’oxygène et brise toute résistance à la danse. Et paradoxalement, ce remplissage offre plein de libertés nouvelles, aux cuivres qui peuvent s’ebatre en toute liberté, ou se résumer à quelques pains bien sentis. Une liberté nouvelle au chant, qui peut devenir transe, qui peut devenir primal. La voix aussi fait partie du corps, et la voix danse.
L’électrification donne une puissance nouvelle à la basse, qui peut se faie cassante, libérée de son coffre imposant et des harmoniques siphistiquées qui rendait chacune de ses notes si mélancoliques. Bref, à tous points de vue, ça tabase.
Alors la jeunesse afro-américaine de la lutte pour les droits civiques, la jeunesse du Black Panther Party, né en Californie, comme Delores Ealy, la jeunesse anticapitaliste qui veut affirmer des codes et cultures afro-américaines modernes, les cheveux d’Angela Davis et la Blaxploitation, cette jeunesse rapgeuse et undetground se jette dès le milieu des années 1960 dans des petits clubs funky, des soirées comme il ne s’en est jamaos vus, où se produisent des artistes venus de nulle part et qui contestent le show business (qui le leur rendra bien en les ignorant avec insistance, jusqu’à ce qu’il ouvre les yeux sur les perspectives financières, à coups de rééditions d’albums et de groupes fantoches montés de toute pièce). La génération des droits civiques sera livrée à la drogue et à la mort par le FBI, et le funk sera progressivement dilué en bouillie disco, dévitalisé de toute énergie politique, une musique aussi abrutissante qu’une pipe de crack
Mais dans l’ignorance ou la préscience de cet horizon désespérant, Delores Ealy donne tout. Ici, elle est accompagné des Kenyatta’s, le groupe avec lequel elle enregistre la moitié des sept titres qu’on lui connait et dont on ne peut rien vous dire d’autre que cle nom signifie « leader’ dans la langue Kikuyu très présente au Kenya. Le groupe apporte principalement la section rythmique hyper lourde avec cette basse qui ouvre le morceau, rugissante comme un lion énervé et la batterie nerveuse, qui ondule comme un serpent fourbe. Et pour l’occasion, Jimmy Leggins, le patton du label Duplex a embarqué son orchestre qui donne un fond de sauce big band funk à l’ensemble.
On aurait tendance à traduire le titre Honeydripper par « boulet de canon » au sens de l’argot afro-américain de l’éplque pour désigner quelqu’un de super beau ou belle, hyper sexy. Mais aussi pour le choc de cette météorite qui a traversé brièvement le ciel californien, pour rester éternellement accroché à nos oreilles.
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James Stewart & Marc Uhry