Comme tous les grands empires, celui du Mali (du XIIIème au XVIIème siècle dans notre calendrier) coiffait une cohorte de nations et de cultures. Outre les Mandingues eux-mêmes, on y trouve encore des Peuls, des Shongaï, des Touaregs, des Maures, divers peuples parlant les langues Gours.
Cette diversité n’explique pas à elle seule le rayonnement mondial des musiciens maliens : Salif Keïta, Ali Farka Touré, Mory Kanté, Oumou Sangaré, Tinariwen, Amadou et Mariam… mais la musique occupe une place sociale particulière, portée par la caste des griots (djélis), dont les chants accompagnés au balafon, à la kora et au n’goni, portent à la fois la mémoire, l’imaginaire et les espoirs, les archives et les menaces.
C’est ce terreau qui refleurit en 1960, quand la province colonisée du Soudan français reprend son nom de Mali et son indépendance après 70 ans d’occupation. D’inspiration socialiste, le nouvel Etat au parti unique organise la création culturelle comme un outil de politique publique. A l’instar du président guinéen Sékou Touré, le père de l’indépendance Modibo Keïta, compte sur la musique pour consolider l’unité nationale et porter les messages politiques. Il créé l’Orchestre national « A » de la République du Mali, puis le B, puis le C. Au départ très emprunt de la norme occidentale (cf. Boubacar Traoré, Mali Twist (1963), fortement poussé par la radio locale, qui va populariser l’usage de la guitare), la musique publique malienne va cultiver ses spécificités après le renversement de Modibo Keïta par Moussa Traoré. Les orchestres attachés à des services publics émergent : celui du buffet de la gare de Bamako, le Super Rail Band rivalise avec les Ambassadeurs du Motel. C’est dans ces deux formations phares que font leurs débuts Salif Keïta, Mory Kante ou Amadou Bakayoko (Amadou et Mariam) .
Et puis il y a le sanctuaire, le Ballet National du Mali, créé immédiatement après l’indépendance, en 1960, qui regroupe la fine fleur des danseurs, chanteurs, musiciens du mali. Ils bénéficient du statut de fonctionnaires. Trois ans après sa création, le Ballet National recrute un jeune prodige de 17 ans, Zani Diabaté. Il chante, danse, mais surtout, il joue de la guitare comme on joue les instruments maliens. On y entend la balafon, le n’goni, les percussions… On croit le voir danser.
Avec Daouada Sangaré et Maré Sanogo, ils fondent leur propre orchestre, qui devient la formation « C » de l’Orchestre National. Mais l’entretien de ces orchestres publics coûte cher et l’Etat malien n’a pas vraiment les moyens des les produire aussi souvent que les musiciens le souhaiteraient. Alors au début des années 1970, les trois amis décident de se constituer en orchestre privé, sous le nom de Super Djata Band, qui commence à enregistrer pour la radio nationale à partir de 1974, avec des influences Bambara (comme ce morceau) autant que Mandingues.
L’alchimie avec le public est une chose complexe si le Super Djata est composé de musiciens exceptionnels et connaît un vrai succès dans les années 80, il n’atteindra jamais l’aura du Super Rail ou des Ambassadeurs. Petit à petit les musiciens se lancent dans des aventures solo et le groupe décline progressivement. En 2000 Zani Diabaté est nommé directeur du Ballet National du Mali et se produit de moins en moins. Comme une chandelle qui éclaire de moins en moins, il s’éteint en 2011.
James Stewart & Marc Uhry
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