On quitte le vaudou du Bénin et on le retrouve en Louisiane.
Difficile d’échapper à l’image d’Epinal. Charles Sheffield grandit à Charles Lake, pas loin de Bâton Rouge. Si comme nous l’avons vu, toutes les eaux et toutes les musiques des Etats-Unis coulent vers New Orleans pour donner naissance au jazz, à quelques encablures de là, on est plutôt dans les eaux stagnantes, les marais, le swamp, l’air immobile et la glaise qui colle aux basques.
Là bas, au fond des marais, il y a les Cajuns, les paysans francophones virés des recompositions coloniales, tous les anciens esclaves aussi ; quand l’esclavage a été aboli en France, les planteurs haïtiens ont rapatrié leur « propriété » vers de nouvelles plantations en Louisiane, dans ces Etats-Unis de la liberté, où au moins l’esclavage ne sera jamais aboli.
Et tout sera bouleversé, mais là-bas, dans le fond des marais de la Louisiane, le vodou dure, la musique dure, épaisse, faite de tout ce qui échoue. Loin du jazz new orleans, il y a quelque chose qui ne passe pas. Il y a la lourdeur du blues. Le swamp blues. Le blues des marais, gluant des français déracinés, gluant des anciens esclaves qui ne leur sont pas si éloignés
C’est si intense, si évident, que c’est l’Amérique. Bien sûr, qu’on va l’enregistrer, Charles Mad Dog Sheffield. En 1955, quand toute la culture afro-américaine devient un objet commercialisable. Mais bon, c’est le moment du Calypso, du Mambo, du Rock’n Roll. Alors Charles Sheffield aura beau être une icône du R&B, de ce Swamp Blues, qui déterminera tout le rock à venir, il ne rapporte pas assez. Après une dizaine d’années à vivoter, il sera tricard et plus personne ne se souviendra de lui. Entre 1965 et sa mort, 40 ans plus tard, Charles Sheffield n’enregistrera plus le moindre morceau. Ce mec ne sera plus socialement un musicien, mais tous s’en revendiqueront.
Le blues dans toute sa splendeur de loose, le capitalisme et la musique, quoi.
James Stewart et Marc Uhry
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