Il n’y a pas que les musiques qui s’hybrident au contact les unes des autres. Les religions aussi cessent parfois de s’affronter et fusionnent. Au Brésil, les religions africaines se sont mêlées aux croyances chrétiennes et aux cultures autochtones, pour fourmiller en un delta de syncrétismes : Candomblé, Umbanda, Batuque, Macumba, Quimbanda, Xambba, Egungun, Ifa, Irmandade, Confraria, Xangô do Nordeste, Tombor de Mina… Qui possèdent tous des spécificités, plus ou moins d’emprunts d’esprits autochtones, les Combolos, de pratiques, de rituels de possessions, de petites offrandes au coin des rues, etc. Rien que pour le Candomblé, ont compte aujourd’hui 3 millions de pratiquants déclarés au Brésil, bien que le rite ait été interdit jusqu’en 1970.
Cette fusion des religions a été forcée, au départ. Les esclaves au Brésil étaient principalement de culture Yoruba. Convertis de force au christianisme par les missionnaires, ils ont investi les figures chrétiennes des Orisha, les esprits de leur polythéisme. Jésus était le masque d’Oxala, dieu de la créativité et fils du dieu suprême Olorum. Saint-Lazare était le nouveau nom d’Omulu, le dieu guérisseur des épidémies. Oshun, déesse de l’amour, des eaux douces et de l’or était vénérée à travers l’immaculée conception. Ogun, dieu du fer, de la guerre de la justice et des chemins, devenait Saint-Pierre, etc.
Et puis elles se sont frottées aux différentes cultures autochtones au Brésil, encore d’autres rapports sacrés à des forces de la nature, une autre cosmogonie, un autre panthéon, et les figures se sont progressivement précisées, certaines devenant plus populaires pour adressés des requêtes (demandas).
Les rites aussi ont fusionné, les prières et les chants se sont entrecroisés avec les possessions et la manifestation « mediumnique ». Les Orisha se manifestent ainsi par des apparitions, à travers ce que les joueurs de Pokemon appelleraient des évolutions, les linha. Ogum Baira-Mar est une des manifestations d’Ogum, en l’espèce, dieu du rivage (baira-mar : bord de mer), connecté à l’énergie de la déesse de l’Océan, Lemanja, qu’il honore de cadeaux.
Il est célébré à travers des chants traditionnels rituels (pontos), sur fond de percussions (les percussions sont le moyens de communication entre les humains et les dieux, dans la religion Yoruba, chaque tambour est spécifiquement relié à un Orisha, c »est le canal de communication qui permet au message de passer et aux Dieu de venir s’exprimer en prenant possession de corps en transe). Ce que vous entendez est l’un des pontos dédié à Ogum Beira-Mar, qui est invoqué pour briser le mauvais sort, ouvrir les chemins professionnels, protéger contre les injustices. Sa faculté à régler les problèmes fait qu’il est fréquemment invoqué, comme Sainte Rita ou Saint Antoine de Padoue en France, si bien qu’il ne se limite plus à une figure religieuse d’une petite communauté, mais fait partie du patrimoine culturel brésilien, comme les danses et chants qui l’accompagnent.
N’hésitez pas à partir à la découverte d’autres pontos, ils sont très différents selon l’Orisha qu’ils honorent. Notre correspondante brésilienne Luana Bruzzi vous recommande par exemple cette aubade à Nana, déesse des eaux dormantes, des marécages, de la vase et des boue.
Ici, l’Amazonie, à vous Cognac-Jay.
James Stewart & Marc Uhry
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