« Je lui ai simplement dit : joue comme si on t’apprenait que ta mère est morte. Et comme si on t’apprenait que finalement elle est toujours en vie. » Voilà comment George Clinton a expliqué ce solo de guitare de 10mn, dans le plus gros succès de Funkadelic, Maggot Brain. Mais hélas, comme elle le pressentait, c’est la mère qui apprendra la mort de son guitariste de fils.
Tout a commencé à Plainfield, New Jersey, où la mère d’Eddie Hazel a choisi de vivre, pour éloigner ses fils de Brooklyn, des crimes et de la drogue. On est pourtant encore que dans les années 1950’s. Mais le destin est parfois tenace.
Eddie est un enfant sage, qui joue de la guitare et chante à l’Eglise. Encore enfant, il rencontre Billy « Bass » Nelson, ils font ce que les ados périurbains font : ils montent des groupes et s’entraînent à devenir le centre du monde, l’attraction au sens gravitationnel du terme.
Oui mais voilà, à Plainfield, il y a une autre maman qui est venu chercher la paix et du boulot. Mme Clinton, qui a quitté l’Etat sudiste de Caroline du Nord, pour rejoindre les yankees, avec son fils George, né en 1941, neuf ans avant Eddie.
Alors George a déjà monté des groupes, quand Eddie et Billy commencent à gratouiller et voilà qu’en 1967, son groupe, Parliament rencontre un succès national avec le titre Wanna Testify. Il a besoin de musiciens de tournée valables et à l’aise avec ce nouveau son, ce prolongement du doo-wop.
La mère d’Eddie sait bien ce que cela signifie, elle voit bien les évolutions de la jeunesse. Elle refuse, Eddie n’a que 17 ans, il ne résistera pas aux tentations. Mais George et Billy la supplient, ils insistent tellement qu’elle accepte. Billy est mort ce dernier mois de janvier 2026, George est toujours vivant, le destin d’Eddie a hélas fait échos aux angoisses et aux prophéties de sa mère.
Mais en attendant, les voilà sur la route, synthétisant le funk de James Brown et le rock psychédélique en train de s’affirmer. Parliament invente le p-funk et ils font ce qu’ils veulent. Quand l’industrie musicale leur explique qu’une signature au contrat est une menotte au poignet, George, Eddie et Billy changent simplement de nom et deviennent Funkadelic. Vraiment charmante, décidément, cette industrie musicale.
Ils tournent, ils virevoltent dans une excentricité débridée et dans les excès. Trop. Ils enregistrent en 1970 et 1971 deux albums mythiques, qui feront de Eddie Hazel une légende de la guitare. Mais sur les tournées, George Clinton confisque le salaire d’Eddie, pour qu’il ne dépense pas tout en drogue. Et sur le disque enregistré en 1972, America Eats its Young, Eddie n’apparait plus que marginalement.
Eddie est alors recruté comme musicien de studio par les Temptations, pour deux albums, mais il est arrêté pour l’agression d’une hôtesse de l’air et la possession de drogue est retenue comme charge aggravante. Il est incarcéré et cette fois George Clinton embauche une nouvelle équipe pour Funkadelic.
Eddie y apparaîtra encore un peu, fera un bout de discrète carrière solo et mourra à 42 ans d’un problème se foie consécutif à ses excès. Comme dans un bon film d’horreur, Plaibfield, qui devait être un sanctuaire, lui a ouvert les portes de l’enfer.
James Stewart & Marc Uhry
