#12- Lancelot Layne : yo tink it sorf

Retour à Trinidad, à l’une des origines du rap.

Il y a quelques jours, nous vous avons présenté la manière dont le Calypso a irradié le monde dans les années 1950’s et a fécondé un tas de musiques, à la faveur de sa diaspora. Et bien figurez-vous, que le mouvement s’est répété et que ces deux îles minuscules ont récidivé.

Tout le monde sait que le rap est né le 11 août 1973, dans une bloc party de South Bronx, où Kool Herc, un jeune jamaïcain, a enchaîné les break beats sur deux platines. Sauf que…

Depuis son enfance à Kingston, Kool Herc était fasciné par ces mecs qui parlaient en rythme sur les morceaux, qui parlaient de la vie, de politique, du black power.

Et ceux-là ne venaient pas de nulle part. Les mouvements sociaux des années 1960’s et le mouvement américain des droits civiques américain ont rencontré un écho virulent à Trinidad et Tobago. Dans ce tumulte, un adolescent du village de Gonzales, près de Port of Spain se passionne pour l’histoire africaine. On ne sait pas quand il est né, ni son nom de naissance. Il chante dans les soirées Calypso, mais cherche à retrouver la fonction originelle des griots, archivistes du quotidien, qui écrivent le journal officiel de la vie ordinaire et des choses à corriger, à travers un récit oral scandé, sur fond de percussions qui sont aussi des médiateurs vers diverses divinités de la foi Orisa, l’un des cultes Yuruba très présent au Nigéria et au Bénin (à laquelle il va se convertir).

Lancelot Layne parle en rythme sur les mots, comme aux Etats-Unis les Last Poets et Gil Scott Heron, pionniers du Spoken Word. Mais il fait plus que de la poésie sur fond musical, sa scansion de griot réinventé, sur fond de Calypso, redynamisé de rythmiques d’une Afrique romantisée. Son phrasé porte la musicalité et la modernité. Ses titres cultes ne seront jamais enregistrés, comme l’hymne d’un club de foot local.

Comme les pionniers du rap, la fonction de cette expression n’est pas de devenir un objet, mais une relation instantanée, festive, sociale et politique. Il s’agit d’être plus que de faire.

Lancelot Layne enregistre pourtant 11 albums en 11 ans, entre 1971 et 1982. Son premier titre, Blow ‘way, enregistré en 1970 est considéré comme l’acte fondateur du Rapso. Ce n’est pas une contraction du rap et de la soca, c’est pour Rhapsodie. Mais bon, c’edt bien une adaptatiln de la Soca, qui préfigure le rap.

Lancelot Layne va ensuite multiplier les voyages en Afrique, notamment au Ghana où il collabore avec Koo Nimo, l’une des grandes figures du Highlife. Ainsi ce nouveau Calypso, recalibré par les colères sociales des années 1960’s et chargé de percussions derrière une parole militante scandée, va non seulement préfigurer le rap américain mais aussi faire bifurquer le highlife ghanéen, avec une influence qui s’entend encore aujourd’hui.

Lancelot Layne meurt prématurément en 1990, laissant un fils et deux filles jumelles qui deviendront des pianistes remarquées, sans doute une sorte d’Oedipe en ne choisissant ni percussion, ni voix, mais pour continuer à infuser la musique du monde de ce surprenant ferment trinidadien.

James Stewart & Marc Uhry

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