59# : Artem Haroutiounian – Je m’en reviens encore

Artem Haroutiounian (Haut-Karabagh / Artsakh, né en 1945)

Je m’en reviens encore

I
Shushi ville, pierres de cendres.
Aujourd’hui l’oiseau vole
au-dessus des ruines,
il oublie le début de l’holocauste
il ne se souviens de rien d’autre que le vers à bois.
Seul déchiqueté par le vent,
j’étais libre de mourir.

Une nuit solitaire a dessiné un nouveau soleil et une nouvelle vie.
Un enfant regardait par la fenêtre
fondu dans le regard de sa mère.
Je vous considère
mes amis profonds,
racines des plantes et arbres mourants,
restent en fin de compte mon lieu de vie.

II
Maintenant que les années ont passé
je peux dire —
Béni soit celui, à l’hôpital, au stade, dans les orgies des fantaisies privées,
béni soit celui qui vit dans les ombres,
et au coeur de la lumière aveuglante,
Celui aux hanches ruinées et aux reins puissants,
dont la tombe a les dimensions
de l’univers,
béni avec ou sans larme dans les yeux ;
le divin haut-parleur a transformé nos rires
en sanglots.

III
Je dois maintenant retourber à ma terre ;
si je retourne
je n’y trouverai pas moi.
Je verrai le silence propagé sur le pays,
le lourd cadenas de granit de la porte,
la soie verte des mûriers,
avec laquelle la terre balance ses
habits de cérémonie,
sans attentions pour ceux qui vivent.
Je retourne encore vers ma terre ;
errant les artères ouvertes
je vois la brûlure de la terre ancienne,
le mur aiguisé des villes qui s’éveillent,
et les commencements denses,
et les commencements dense du lierre abandonné,
virant à l’ombre jour après jour,
couvrant les commencement autant que la fin,
goûtant les miettes de l’immoralité,
j’essuie des larmes d’espoir.

Aujourd’hui l’oiseau vole
au-dessus des ruines de Shushi,
Moins seul désormais dans le vent coupant.
J’étais libre de mourir.