#53- Luis Yuseff – Des fleurs d’acier sur un thorax d’homme

Luis Yuseff (Cuba, né en 1975), poète et éditeur, lauréat de prix prestigieux et auteur prolixe.

Des fleurs d’acier sur un thorax d’homme

Ce soir une chauve-souris flappe dans la maison.

Son vol est fluide mais maladroit.

Attention : c’est peut-être une ruse d’espion.

Quoi qu’il en soit, je ne cache rien dans mes affaires susceptible de menacer la.sécurité nationale.

J’essaie juste d’écrire quelqueq lignes.

Deux ou trois mots. Des vers pour jouer de la musique dans les oreilles de visiteurs ininvités.

Des mots qui s’ils ont quelque pouvoir ne me seont pas libres.

Pouvoir de libérer.

Et ainsi depuis l’ombre émergent ces yeux pareils à des fantômes. Des noms que j’oublierai.

Même si je refuse. Ils viendront se faire effacer de ma mémoire au vin aigre du jour. Urgemment.

Quand je frotte ma tête fort contre les murs.

Qiand j’écris des vers aux saisons changeantes.

Loin des tropiques. Des trucs dont les amis ont conseillé de se tenir à l’écart. Derrière les barreaux de l’âme où les roses de papier grimpent

Des fleurs d’acier sur un thorax d’homme.

Derrière les barreaux. J’entonne le début de « Un retour à ma prison. »

La maison où les chauve-souris se perchent et sucent le sang sur des fleurs d’acier.

Retour à la prison. Les désirs interdits de margaritas. Le fils magnifique éclate en chagrins vigoureux sur l’oreiller.

Jeux mortels. Des enfants se disputant le fruit de la solitude comme des animaux.

Dehors, loin des yeux de Ranel, au tréfond du poids de plomb des lunes expirées, le tryptique brun dans quelque chapelle de ce monde où Dieu l’a oublié.

Et Juan aussi, qui tentait d’exister dans les amours lointaines. Prisonnier des peintures à l’huile. Avec la mort bleue. Partagée. Ecrire pour échapper au corps.

Amandito, qui grandit comme la glace au pays du soleil. Ici, personne ne pleure.

Nous sommes faits de terracotta dans les prières de la mère de Spartan.

Dans leurs veines un retour sur l’île.

Ici tout le monde aime. Et attend :

Ici poussent les fleurs d’acier, qui résonnent comme un thorax d’homme.