#51- Etel Adnan – Manifestations du voyage (extrait)

Etel Adnan (Liban / Etats-Unis 1925-2021) est un monument de la poésie libanaise. Autrice en arabe, anglais et français, j’ai ici traduit librement et sans référence un de ses longs et très beaux poèmes.

Les escaliers de ma maison sont saisis
de vertige.
la matière ayant déserté ses lois,
nous atterrissons en enfer,
en montant au paradis.
*
Les ombres s’étirent au long des échelles
sous le silence des choses ordinaires
existe un autre silence :
il n’appartient ni aux feuilles ni au mort.
             avec une couronne d’oiseaux tournoyants
             lui
             l’enfant court dans une maison
             abandonnée
             les escaliers mesurent l’aune de
             son propre vide
Je suis moi- même l’escalier que
le Temps a usé
dans sa course funèbre
             Les roues remontent l’eau dans les
             jardins de
             Hama
             et descendent sans attendre
             la riviere
             pour éteindre
             le feu
Nous voilà délaissée avec
la Seine et les poisons parisiens.
je préfère les jardins où
les arbrss indiens se tiennent prêts
au voyage lunaire
Les escaliers qui séparent ma
chambre de ma mémoire
soupire à mon oreille….
Je ne suis pas à la merci des hommes
depuis que les arbres vivent dans mes rêveries
les hommes et les arbres se prêtent au feu
et appellent la pluie
j’adore les pluies qui charrient les désirs
      aux
      océans.
Entre un avion et
un autre
l’espace est désorienté
Ies étoiles clignottent dans les trous et les épousées
avancent nues vers les puits
Leur innocence se consume sous nos yeux
toi et moi sommes faits d’un
bois piqué par les vers
          Le Monde a coulé
          nous sommes laissée
          sans une trac de larme
          ni un regard
          le silence nous est
          interdit.
         Nous ne sommes menacées ni par la vie
              ni par la mort
                     ni forcées à
Admirer le printemps
J’ai trouvé des châteaux de terre sur la berge
des torrents du désert
j’ai emprunté leurs marches de marbres
mais je n’ai pu trouver mon chemin
ni en haut ni en bas
j’ai alors compris que j’étais
dans un état de non-raison
et de non-délire
et que les jardins d’Andalousie
s’apprêtaient
à mourir.
*
Deux villes Deux pleurs
       Permettent à l’insanité de rester entre
       les jambes
       sous ses jupes
       dans ses yeux noirs
       l’effroi de mon adolescence
       et les marches nocturnes dans les collines :
       quelle colline ?
       je veux dire le royaume que tout homme charrie
        dans son ventre quand
        son amour est
        comblé
Deux villes qui ne sontni Beyrouth ni Damas
deux pleurs qui ni d’alcool ni de
pluie
oui il y a eu un camion
et une femme aux yeux bleus
de Russie
=olivier gris-
J’étais un papillon pris par
le feu
ni de jour ni de nuit
mais l’incandescence qui émane
du corps pareille
à une fuite purulente,
que les tombes restent ouvertes !
*
Les escaliers qii mènent à ma chambre
empruntent leurs fers à Babylone
l’ascension du Prophète
a connu deux mouvements
nous sommes tombées dans un bain moussant
de boue
et le vent a suivi son cheval
une tempête est survenue après
les pas du soleil
le prophète a nagé à travers les vagues
de nuages
une riviére d’or a charrié son
vaisseau
et loin du soleil le Prophète a rejoint le paeadis
jn paradis tissé de lumière
Les escaliers qui mènent à ma chambre
conduisent à un observatoire
je possède deux télescopes
pour observer les étoiles et les trous noirs
et prendre l’escalator
qui avance sans avancer.
Ma chevelure est épinglée
de tournesol
*
Illégitime est ce tilleul
Qui s’agite à ma porte
Soyons prête pour l’enfer !
*
Maudits soient les messagers
troublant la tranquillité des eaux
et qui construisent des barrières de forêt
Ho que le vent soit plus rapide que nous !
Que nous soyons adoucie par la lumière !
Ce tilleul planté devnt ma porte
pèse lourd sur mes jours
je l’épouserai finalement
et nous porterons des enfants
condamnés à la terreur
Cet arbre me regarde
avec insistance
il continuera à attendre
jusqu’à la fin des temps