Maria Garcia Zambrano (Espagne, née en 1973)
La tristesse
Toutes les mères que je suis devraient parler,
rapprocher nos positions,
organiser un plan d'action pour que le
lait,
les larmes,
le sérum
et les médicaments ne se répandent pas.
La mère, une volée d'oiseaux attendant le printemps
pour retourner à son nid,
assise sur la seule chaise intacte.
La mère, nourrissant un moineau à la seringue, se perche
sur la fenêtre.
La mère, à vif, sans médicament pour la guérir.
La mère, espoir, liant ses doigts au vent et aspirant
à la grimace qui finira par suturer
la blessure.
Toutes les mères réunies autour d'un corps
qui rachète
de ses quelques centimètres,
résolvent :
coudre d'un fil cette tristesse,
le désespoir de ne pas voir NOTRE FILLE,
seulement un corps qui déborde
et inonde nos yeux, nos bouches, nos cœurs.
La salle d'allaitement
Mon sein orphelin contemple l'autre sein
qui répand sa semence sur le plastique et le verre.
Tes lèvres closes ne caressent ni ne mordent, ni ne font
cet orphelin, alors le mien saigne.
Aucun d'eux ne te goûte
ils ne sont là que pour t'illuminer
de leur amour
goutte à goutte.
Mon sein cède, tombe et souffre du silence et du manque.
Une machine, un rituel, une fenêtre donnant sur le parking.
Et toute la tristesse qui se déverse
avec ce ruisseau blanc.