#47 – Kyo Lee – Une fleur de lotus est éclose en mon sein / Pourquoi j’ai décidé de vivre

Kyo Lee, Corée du Sud, née en 2007 (oui, à peine 18 ans, et quelle puissance). Queer émigrée au Canada

Une fleur de lotus est éclose en mon sein

Je regarde avec des yeux vides. Renonçant à tout
j’ai autrefois connu les mouvements langoureux du film entrer en moi
sauvagement. Le baiser de femme

Quelque chose probablement. Elle : un magnifique orifice ouvert
mais pour l’instant, débordant de quelque chose comme la faim
que j’avale avidement. Elle : une bave rouge qui coupe à travers mes lèvres.

Mon père a changé de chaine pour un documentaire
sur la Guerre, pour m’apprendre à aimer comme il faut en coréen :
les femmes nues attachées bleuissaient magnifiques sur les camions militaires.

L’amour : des soldats ouvrant les robes blanches au couteau
à la recherche d’une mine de sang pour étancher leur soif.
L’amour : une vengeance contre l’existence.

Le petit garçon est un apprenti soldat
déterminé à conquérir ce corps
que je porte et appelle sien.  En moi, ses doigts deviennes des lances.

Perforant la viande morte et j’implore un déluge
le champ de bataille noyé de rivières de fuite rouge. Le scintillement
de sa mission suicide en terre de cigarette sur mon corps – nous tremblons.

 

Pourquoi j’ai décidé de vivre

Le clair de lune à pleines cuillerées. L’air froid. Sa couverture de tricot
incite mon corps à rester.
Le brouillard se repause sur mes épaules, m’enlace.
La pluie d’été par la fenêtre ouverte.
Les roulements de tonnerre et comme ils changent le monde pour un instant
ineffrayé, ou encore mieux, inconscient des humains.
Parce que j’ai laissé mon pays brisé.
Parce que j’ai vu les premiers reflet de moi-même lors d’une veillée aux chandelles.
Parce que je vacillais.
Parce que nous avons promis.
Parce que je peux continuer à essayer et personne ne peut m’en empêcher.
Pommelées.
Etoiles.
Saules.
Musique accoustique sur voix tremblante.
Le genre de poèmes qui me donnent des frissons.
Des trains qui ne vont nulle part en particulier.
Nos corps nus en sueur s’entrechoquent sur l’herbe humide.

Ses mains à elle et comme elles ont fait un berceau à mon cœur
comme pour porter quelque chose de précieux.

Les forces de la nuit d’août.

Chantonner « déhirures » et manger des cerises à même le seau.

Parce que nous avons promis de revenir.

Pour réparer une chose cassée.

Comme le rire colonise les poumons.
Penser à moi-même comme quelque chose de plus profond que moi.

Parce que je peux aimer chaque petite chose.