Kumalau Tawali, Papouasie Nouvelle-Guinée, né en 1947. Ce poème a été publié en 1972
Le dit bush kanaka
Le kiap[1] nous crie dessus
forçant les veines à sortir de son cou
presque à forcer les fèces à quitter son fondement
il dit : vous êtes des ignares.
Il dit vous êtes des ignares
mais sait-il creuser un canoë,
polir un mat, réparer un flotteur ?
Peut-il diriger un canoë dans la nuit
sans perdre sa route ?
Sait-il quand la tortue approche du rivage
pour y pondre ses œufs ?
Le kiap nous crie dessus
forçant ses veines à sortir de son cou
presque à forcer les fèces à quitter son fondement
il dit : vous êtes sales
Il dit que nous vivons dans des maisons poubelles dégueulasses
a-t-il déjà vécu dedans ?
A-t-il déjà sent la brise de mer
Ssuffler à travers la fenêtre ?
L’ombre fraîche sous le chaume de pandan ?
Qu’il garde son toit d’acier, brillant au soleil
Qu’il y soit cuisinée, sa peau pâle blanchie.
Le kiap nous crie dessus
forçant ses veines à sortir de son cou
presque à forcer les fèces à quitter son fondement
il dit : vous allez vous rendre malades
Il dit : vous allez vous rendre malades
à manger cette bouffe farcie à la mouche.
N’ai-je jamais mangé une autre nourriture de ma vie
et en suis-je déjà mort ?
Peut-être que son estomac est aussi sensible que celui d’un enfant
Né hier. Je suis sûr qu’il ne pourrait pas manger notre nourriture
Sans tomber malade.
Chaque homme blanc que le Gourment[2] nous envoie
se gonfle les veines à crier
presque à forcer les fèces à quitter son fondement
Hurlant : mais toi, le bush kanaka.
Il dit : toi, le vieux débile !
Alors il s’assied sur sa chaise douce et ne fait rien
d’autre que crier, manger, boire, manger, boire,
comme une femme avec un enfant dans le ventre.
ces hommes blancs n’ont pas de squelette.
s’ils avaient dû nous combattre avec leurs pistols
ils se seraient sûrement couvert le visage comme des femmes.
[1] Contremaitre des plantations
[2] Créolisation du « Gouvernement » dans certaines colonies anglaises de l’Océan indien.