#37 – Jaime Huenun Villa

Jaime Huenun Villa ( Huiliche, notion de culture Mapuche, Chili, né en 1967)

 

Ui[1] de catrileo

Matias Catrileo Quezada a été tué à bout portant le 2 janvier 2008 dans le village de Yeupeco, comme de Vilcun, région de La Araucania. L’activiste de 22 ans participait à une occupation pacifique des terres qand il a été tué par le policier Walter Ramirez qui portait un pistolet mitrailleur Uzi 9mm.

 

Nous ne retournons pas le corps, non

C’est la mort qu’ils nous ont laissée,

Les balles qui ont percé l’aube

Sur la rivière Matias Catrileo

A Vilcun.

 

Mais le volcan Llaima[2] brûle pour toi

Et les cendres de tes yeux clos

Ecrivent dans la neige

La rage et le mystère

D’un peuple sans plus de forêts ni d’armes,

Encerclé de tanks et de grenades lacrymogènes,

Assis sur le banc de la Cour Royale Indienne[3]

De la modernité

 

Laissons les mariniers de la nuit venir

Voler sur les eaux

Et les servantes bleues[4]

Qui guérissent les blessures des guerriers

De leurs voix.

 

Nous ne retournerons pas le corps

Aux arrêts du juge

Ni aux caméras qui n’ont jamais fait

Leur plein de mort.

 

Nous ne retournerons pas le corps, disent

Les pumas embusqués de Vilcun

Nous sommes la tombe de Matias Catrileo,

L’herbes de ses mains ensanglantées,

La rivière de justice de ses parents

La racine profonde de sa lumière

Sur les terres jaunes de Yeupeco.

 

Jaime Mendoza Collío Loses His Way and

Sings in the Invisible Forests of Requém Pillán

Jaime Mendoza Collío a été tué par la police chilienne le 12 août 2009, à l’âge de 24 ans, lors de l’occupation de la terre «Fundo de Sans Sebastian de Angol », revendiquée par la communauté Mapuche comme ‘terre ancestrale’.

was killed by the Chilean police on August 12, 2009, when he was twenty-four years old. Requém Pillán, sa communauté d’origine, est située à 84k au Nord-Est de la ville de Temuco.

 

D’où vient le fil d’un long regard ?

Et la couleur de la mer dans les fleurs océanes ?

 

Oui je suis né sombre comme un scarabée

Et sombre je mourrai sous la lumière du soleil.

 

Les machines terrestres me saluent à peine

Tandis que je cherche au creux de la boue fiévreuse de mes pères.

 

Les os tintinabules, les lunes circulents

Au-dessus des enfants fuyant les taons.

 

Bientôt je commanderai aux îles d’exister,

Bientôt j’énoncerai la Terre Debout Par-Delà.

 

Et je dirai à la rivière indomptée de rêver pas le flux de mon sang

Et je dirai au mélèze rouge d’allumer l’air.

 

Maintenant, j’escalade un sentier qui mène au sommet,

Aux forêts cachés où je revis et chante.

 

La mort à la brisure de l’aube brûle dans les montagnes

La lumière écorche la vitre, une blessure.

[1] Uï : musique pratiquée dans un contexte rituel, dans la culture Mapuche.

[2] Volcan le plus actif du Chili

[3] Instance judiciaire de la colonisation espagnole

[4] Dans la culture Mapuche, le bleu est la couleur de l’univers, de la vie après la mort, du lien entre la terre et le ciel