#19 – Vera Polozkova – Je suis

Vera Polozkova, russe, est née en 1986. Ce poème a été publié en 2003.

Je suis
Flottante au fond
Et personne ne me confond
Sans question comme un présage.
Querelleuse.
Le poil dru d’un cheval sage.
Un sourire de fille. Il acquiesce
Infacilité, elle déroutait sans cesse

Je suis suis ouverte à tous vents et une fièvre m’empoisonne
Si brûlante que je frissonne.
Il mange des céréales chaque matin
Calme et sans deuil assassin.

Je suis
Dans la mesure des mots
Avec un mètre.
A les fondre en munitions ici-même peut-être
Il est assis sur une chaise avec un simple
Regard pour le ciel – le regard n’est pas tout.

Nous ne nous connaissons pas l’un l’autre.
Notre « nous » est encore à peine nôtre
Il est habité d’un peu de prudence
D’amertume et d’attirance.
Il est ses yeux en amende
Et ses bras qui m’attendent.
J’aurai les yeux rouge d’une primate,

Au lieu d’être drôle, je serai aveugle et plate
Les phrases arrachées à la conversation
Pour la centième fois au moins
Je suis si désireuse de préhension
De faire de toi le mien.
« Nous » n’est pas sensé devenir
Une fusion de pronoms
Mais une poignée, tu me vois venir,
De chagrin sans jalons.

Je suis
Toujours la même
Même l’aprèm
Blème
Mais j’épouse mes lisières.
Tu ne peux pas me briser
M’aider ou me griser.
Je suis la semence de Jupiter
A jamais le démon sur Terre.
Il est difficile aux créatures triviales
D’aimer tous mes traits inavouables.
Dans le vortex des printemps féroces
J’étoufferai sous l’emprise de monstres précoces
Brillante, exaltée, équipée d’ailes atroces.
Mais il ne sera dressé nul temple en Son Nom
majestueux et parental.
Et il avale des céréales par les portail d’in jour nouveau
Et aux femmes mortelles succombe son cerveau.

Je suis
Juste un fil
Un simple
Bruit
Sans mots
Sans jalons
Muse ou esprit
Juste pas une femme
Le vent
Rattrapé
A la fin de la vie.