Pat Parker (Etats-Unis, Texas, noire, féministe, lesbienne, 1944,-1989)
« tu étais une erreur »
a dit ma mère
depuis lors j’ai essayé
de compenser.
difficile d’imaginer
elle/lui dans le lit et
moi venant 4 ans après
la dernière sœur
pour empirer les choses
j’ai déboulé en explosant
2 mois trop tôt.
peut-être était-ce la faute de la guerre
et pour couronner le tout
je suis la quatrième fille
mon père était dégoûté.
j’ai choppé une pneumonie et
ils m’ont suspendue à un incubateur
pendant trois mois
pour m’en sortir finalement,
mais le lit était trop grand
alors ma sœur a perdu le lit de sa poupée
une autre ennemie vite trouvée.
et mon vieux typique
du prolo dans le business
trop de crédits – trop peu de capital
perd son magasin, et
nous déménageons vers ce qui est maintenant
la banlieue de Houston seulement
il y avait des herbes et de l’espace
déménageons vers notre propre foyer
loin des belles demeures de briques
rêvées, où j’avais trouvé
une capote de mon cousin
et l’avais crevée
et adieu cousins pour
une pièce, toit fin, une cabane de jardin
et des poutres pour jouer à Tarzan
une baignoire-baquet étroite grouillante d’asticots
un appentis et des super rats
mais j’ai essayé de m’en satisfaire, dès lors.
football, baseball, pêche
meilleure tailleuse de haies du quartier.
deux pistolets pendent à mes hanches
dans la pure tradition texane
et mon compère Pistole Pete tient
tous les visiteurs en joue pour le pognon
et élimine tous les baltringues
plus vite que Durango Kid le ferait jamais.
mais même les meilleurs cow-boys doivent apprendre
alors ils m’ont rapatriée vers l’école
je me rappelais l’école maternelle
et ces dames aux longues aiguilles
bordel non j’irai pas,
mais j’y suis allé et j’ai dû
rendre mes flingues/ je n’ai pu garder que
mes bottes et l’instit
130 kilos d’il ne faut pas
et j’ai pleuré tout un jour durant
de tortues, de lézards, de jolies images,
de crayons et de colle.
je suis revenue parfaitement prête
à étrangler le second jour
mais la prof nous a montré
sa pagaie – de lourd
bois, une pagaie faite à la main
avec des trous creusés
pour aspirer la chair/ pas de larmes
alors je me suis installée et
je me suis frayée un passage jusqu’au niveau suivant
défendant mon droit à porter
des bottes de cow-boy même si
j’étais une fille ce que personne
ne s’était préoccupé de m’informer
à la maison / balancée
en CE1, droit dans
l’économie/ cahier à 50cts
que mère ne pouvait pas
acheter ce jour là et je n’ai pas pu
confesser cette excuse à la prof
alors, j’en ai chipé un peu
au fils du docteur qui pouvait
s’en offrir un facile, mais il
avait numéroté les pages
et je ne savais pas expliquer pourquoi
mon carnet débutait à la page 9
et la prof a appelé
ma sœur qui avait été
son élève préférée #1
quatre ans plus tôt qui
a immédiatement démenti que
sa mère l’ait acheté
et voici que j’étais faite
voleuse de sept ans.
les conditions s’amélioraient/
tout semblait indiquer que
j’achèverai tranquillement ma primaire
et j’ai été battue tout un jour durant
pour le vol d’un paquet à 15cts
de papier, ce que je n’avais pas fait
mais ne pouvais le dire parce que
la fille coupable était trop grande
et la prof avait de la religion
elle m’a apporté des sandwiches au steak
depuis lors et m’a même inscrite
à la chorale ce qui était
au demeurant le geste le plus généreux.
la 6ème a été pire
parce que grande sœur #2 était
passée par là et la prof avait
une bonne mémoire des cancres.
et il n’aura été jusqu’à
ce que je récite la nuit
avant Noël
trois fois le
programme de la classe pour
qu’elle me pardonne.
II
La chèvre a laissé cette enfant
moi qui me cogne toujours
contre les lisières de mon chemin
et je suis rentrée à la maison ruisselante
de sang et la panique rodait
autour de mes épaules.
elle a glissé jusqu’au magasin
et est retournée agripper
une boite de tampax enfouie dans un sac
deux fois trop large.
« maintenant tu peux avoir des bébés,
alors garde ton froc boutonné »
et je ne pouvais pas voir la
relation entre moi et
les bébés parce que je ne
pensais même pas au mariage
et c’est ce qui était censé arriver en premier.
et lui a dû admettre que
vraiment j’étais une fille et
tout soudain plus
de football, même pas sur la touche
ou quoi et maintenant
énervé parce que je
n’aimais toujours pas les poupées et
tout ce temps je savais pas
que la grande affaire
était ce truc appelé virginité
que j’avais déjà perdue
2 ans plus tôt par un vraiment
brutal violeur dont je n’ai
jamais pu parler à mes parents
ne sachant pas vraiment ce
qui s’était passé mais de quelque manière
sentant que ce ne serait pas
à mon avantage.
douze ans
et dans les traditions
baptistes du Sud cela signifiait
l’adieu à l’enfance
et la dernière minute
acceptable pour rejoindre Dieu
alors sous le plaidoyer
de l’image familiale carillonnant
dans mes oreilles/ je suis allée
au baptême/ aucun esprit malin
n’est resté/ juste froide et mouillée
attendant d’être battue
pour fraude
et maintenant mickey – un
cadeau de baptême pour
remplacer delmonte
qui a remplacé scotty
qui a remplacé queen
qui est devenue folle et
a couru dans les rues
écumant avec moi
escaladant les clôtures
s’écorchant au passage
mais mickey un chiot
déjà à mes genoux
orange à la langue bleue
mâchouillait qui mangeait son
instructrice qui jouait avec
sa nourriture et il a ramené
le victor à moi/
apeuré mais encore plus
effrayé d’être
découvert et mickey simplement
aussi effrayé que moi mais
nous avons appris et je
l’ai détaché et
pris le vélo
de noël pour rouler libre
des kilomètres et des kilomètres
et mickey courait
devant défiant
toute âme ou chien de
s’approcher trop près.
la chèvre chargeait de nouveau
et mes sœurs ne pourraient
plus rien me dire
et les combats gagnés dans la journée
perdus quand il est venu
la nuit, mais renouvelés
chaque jour à chaque bordure
et les garçons de l’école
ont appris que le mec était fou
en marge du bal des juniors
avec le pédé dans le
chœur de l’église / le seul
mâle acceptable autre
que lui et la haine
poulets, canards et
lapins qui ont mangé leurs
petits quand j’ai oublié
de rajouter du sel et
les coups et l’équipe
de volleyball que j’ai presque faite universitaire
mais le tapis de gym et les points de suture
et de meilleurs diplômes comme excuses
des soirées pyjama et des mères
qui savaient aller au lit
les blagues salaces que je
ne comprenais pas vraiment
les bières et l’ivresse
l’amie qui toujours
m’imitait collectionnant
les cha cha et n’a
jamais perçu ma peine / les cornes
rétrécies jusqu’à la dernière
année et championne de débat
qui voulais vraiment
écrire mais plus effrayée
par l’entraineur qui
savait que je serais la prochaine
grande avocate cinglante
et raté le seul
garçon que j’ai jamais aimé pour
être sûre que je ne serais jamais
mariée/ elle
était saoulée parce que je n’ai pas obtenu
la bourse/ l’importante
moi qui n’ai jamais parlé de
la modeste qui
m’aurait maintenue
au Texas / nouveaux pâturages
pour la chèvre.
DEHORS
courre vers la Californie
et les rues dorées
et la thune
et la liberté d’aller
partout et n’être pas
servie au nouveau Mexique
ou en Arizona/ ne pas s’arrêter
pour ce souvenir de ça et
les rues de Californie
empestaient leurs gloires passées
et le vin et le sang
et cette brave jeune
chèvre explosant pleine
vapeur en tout
fracturant la
vitre de la logeuse en désignant
un jeune délinquant
un revers et courant
à toute blinde ; riant
jusqu’à en avoir mal et
sa daronne m’a
payée pour le sortir
du pétrin
le lycée et l’allemand
qui ne voulait pas que je
connaisse sa langue
et décidait que peut-être Adolphe
n’était pas si super après
tout.
journalisme
une amie qui
s’est coupée les avant-bras
pour se suicider
et m’a offert de l’aider
à le faire bien
et la dame colonel en retraite
qui ne croyait pas que
j’aimais sa classe et
cette jeune bête
affirmait avec empathie
elle / journalisme « C »
un petit bouddha sombre
est entrée avec un dossier
« j’aimerais voir plus
de vos écrits/ moi
impressionnée – un homme – qui
en savait long sur les chèvres.
III- 1962-1966
« Je suis un homme »
a dit le bouddha
viens avec moi et
je te montrerai
les manières de femme.
viens avec moi et
je te montrerai
le monde de l’être
le monde de la douleur
le monde de la joie
le monde de la haine
le monde de l’amour
marche avec moi
je te montrerai
pourquoi ? – tu es.
cette enfant-chèvre a chargé
les muscles tendus
cabrioles et piétinements
vers un âge neuf
un âge de parole
un âge de vin
des fêtes et moi
qui ne connaissais pas les paroles,
les postures,
ignorant
l’histoire et le patrimoine
ignorant
les menteurs et leurs mensonges
mais détectant, quelque part
ma tête, capuchonnée
autorisée à respirer
mais pas à voir
une chèvre aveugle chargeant
« je suis un homme
a dit le bouddha
viens avec moi et
je te montrerai
les manières de femme. »
cette chèvre a vu et a senti
le sang courir
quitter mon corps
je ne pouvais pas trouver les yeux
pas le cœur, les membres
seulement le sang, sombre profond
le sang qui était la vie
qui était la mort
fuyait
avec un couteau de chirurgien
fuyait en regret
fuyait en douleur
non-existant
mais réel, réel !
et les cheptels
cheptels de chèvres
cheptels de moutons
et les bergers –
donne-moi ton lait
donne-moi ta laine
et nous te nourrirons
nous te protègerons
les bergers sont venus
et ils m’ont enseigné les talents
pour les approvisionner.
« viens avec moi et
Je te montrerai
les manières de femme »
et j’ai appris
appris la haine
appris la jalousie
à cuisiner – à niquer
à laver – à niquer
à repasser – à niquer
à ranger – à niquer
à prendre soin – à niquer
à attendre – à niquer
et l’enfant chèvre a pleuré
elle a crié elle a couru
et le sourire du bouddha s’est effacé
et sa sagesse a fondu
et son trône s’est effondré
et le bouddha est parti et
est redevenu berger.
dans ce départ
l’enfant-chèvre est morte –
l’enfant – chèvre est morte
et une femme est née.