Féministe de merde : paroles de femmes #7

« On est d’accord pour dire Eric ? » Lettre ouverte à Éric Dupont-Moretti

 

Le 11 mai 2025, lors d’une émission sur France 5, vous avez, Eric Dupont-Moretti, laconiquement lancé : « je suis toujours du côté des hommes ». Un bref instant, alors que je n’étais pas très concentrée sur ce que, en tant qu’ex-ministre macroniste de la justice, vous aviez à nous dire, j’ai cru que nous étions tous et toutes les témoins d’un coming out homosexuel. Un bref instant, j’ai cru que vous nous parliez, là, en toute transparence, de votre orientation sexuelle. Alors, oui, j’ose maintenant vous le dire, cette révélation vous a rendu sympathique à mes yeux. Je vous imaginais en Harvey Milk à la française, campé sur un char à la marche des fiertés, un arc-en-ciel tatoué sur le ventre, usant de votre personnalité pour lutter avec force et courage contre toute forme de discriminations. Oui un bref instant vous m’étiez sympathique.
Mais tout aussi rapidement, j’ai compris que vous n’évoquiez pas la nécessaire lutte contre l’homophobie. Non. Vous revendiquiez au contraire l’idée de vous mettre toujours du côté des humains au détriment des animaux. Vous rappeliez avec un plaisir non feint et une légère condescendance, vos discussions avec ceux et celles qui œuvrent pour le bien-être animal et qui, eux se questionnent sur nos modes de faire avec ces derniers. Sourire aux lèvres, un brin moqueur, vous vous présentiez comme celui qui défend la veuve et l’orphelin contre ceux et celles qui préfèrent aux humain.e.s, les animaux domestiques ou sauvages.
Rire sur le plateau.
Flemme devant mon poste.

Je me sens lasse. Mais lasse… comme dirait Abraracourcix dans « Astérix et les Bretons ». Oui, je me sens lasse de répéter et répéter encore et encore qu’il ne s’agit pas de placer et de penser les humains contre les animaux. Il ne s’agit pas de compétition mais d’interdépendance. Il ne s’agit pas de privilégier les uns pour détruire, dominer, saccager les autres, mais il s’agit de se penser ensemble. Au cœur de ce que nous pourrions nommer le « Vivant ».
Flemme devant mon poste.

Mais, Éric – vous permettez que je vous appelle Éric ? – auprès de quels hommes exactement devons-nous toujours nous placer ? Ceux qui déterrent les putois et leurs bébés et les massacrent à coups de pelle ? Ceux qui font la même chose avec les renardes en gestation ou allaitantes. Est-ce auprès de ceux qui frappent les oiseaux en migration, détruisent leur nid, écrasent leurs œufs dans la baie de Somme ? Devons-nous être au côté de ceux qui se rassemblent dans une arène au prétexte de culture et qui massacrent lentement mais cruellement des taureaux ? Devons-nous nous joindre à ceux qui obligent des familles de dauphins bicéphales à échouer sur leur plage pour les massacrer à coups de machettes, petits, jeunes, femelles gestantes, mâles.

Un bain de sang sous couvert de tradition. Est-ce, avec ceux qui tamponnent le vagin des brebis avec des éponges imbibées d’hormones pour qu’elles soient plus productives, que nous devons être et ce, sans sourciller ? Ou bien, est-ce auprès de ceux qui coupent les oreilles et les testicules des porcelets sans anesthésie que nous devons collégialement nous placer ? Est-ce à côté de ceux qui industrialisent la mort sur des hectares et des hectares ou des étages et des étages d’immeubles surchauffés. Industrialisation qui détruit et déshumanise par ailleurs ceux et celles qui y travaillent. Ou alors est-ce auprès de ceux qui domestiquent à force de coups de cravache des chevaux sauvages pour les obliger avec de nouveaux de coups de cravache à participer à des courses ineptes, où les plus pauvres viennent perdre argent, maison, famille, dignité.
Est-ce auprès de ceux qui ont conçu un monde si concurrentiel qu’il est préférable de le polluer, de le détruire, en maltraitant des animaux, en privatisant l’eau et en détruisant les écosystèmes attenants, tout ça sur l’autel de la sacro-sainte croissance ?

Alors on est d’accord pour dire mon cher Éric – vous permettez que je vous appelle mon cher Éric – que nous devons dépasser cette façon de considérer le monde, que votre anthropo-narcissisme comme dirait le philosophe Baptiste Morizot, sent le formol et que nous devons nous en débarrasser. Alors pardonnez-moi mais cette fois-ci je passe mon tour, vous m’avez saoulée. Je me lève et je me casse.

MC Chouchou, oct. 2025

A mes filles et à ma petite maman. A mon homme à moi, le seul auprès de qui je serai toujours. Je vous aime.

Crédit photos : Bandeau et tête de cochon : Jeanne Barraud @chorddly / Grillé : Ludo Viévard @lvd0v