Collection « Révolté(e)s, Rebelles et Hors la loi » de la Poule Rouge

De Géronimo à Monica Proietti, en passant par Jules Bonnot et Angela Davis, la collection Révolté(e)s, rebelles et hors la loi regroupe 24 portraits, par 24 artistes, de personnages qui, un jour, ont dit : «  Merde ! ». Oui, « Merde ! », en se révoltant contre l’autorité, contre un système, d’une façon violente pour certains, militante pour d’autres, souvent les deux. L’idée est née suite à la lecture de « Les bandits », livre dans lequel Eric Hobsbawn développe l’idée du banditisme social. Éditrice de la collection, La Poule Rouge* a souhaité étendre le principe du banditisme social à toutes les formes de résistance, unique issue possible pour toute cette galerie de personnages poussées à la marge de leur société.

Toutes les sérigraphies présentées ici sont en vente à la Poule Rouge.

#5 Alexandre Marius Jacob : la révolte en volant

Dessin de Jean Luc Navette* / Texte de Marc Jeru**

 « Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend. » À mi-chemin entre le Voleur de Georges Darien et Henri Charrière dit Papillon (Jacob tenta 18 évasions du bagne de Cayenne), cet Arsène Lupin version lumpen-prolétariat est un drôle d’oiseau de nuit qui vécut mille vies. Homme ingénieux et facétieux, anar au grand cœur, Alexandre Marius Jacob déclara la guerre à tous les parasites sociaux. Et s’en vint les voler systématiquement, non sans humour…

Né à Marseille en 1879 (son père alsacien a fui l’invasion allemande), le jeune Alexandre Marius devient mousse à douze ans, parcourt le monde, déserte, tâte de la piraterie et peut déjà dire à 18 ans, retour féroce des pays chauds, « j’ai vu le monde, il n’est pas beau ». Apprenti typographe, il fréquente les milieux anarchistes, milite et fait ses 6 premiers mois de cabane pour une histoire d’explosifs mâtinée de menus larcins. La difficile réinsertion qui suit sera décisive. Troquant les bombes contre la cambriole, il devient illégaliste pacifique. Souvent déguisé et sous divers pseudos, il enchaîne des coups grandioses, ridiculisant les nantis et se montrant généreux avec les siens. Arrêté à Toulon en 1899, il simule la folie, s’évade de l’asile, se réfugie à Sète chez Georges Sorel puis s’installe (sous le nom de sa dame) quincaillier à Montpellier : une planque idéale pour apprendre l’art des coffres-forts et receler le butin de sa bande, les Travailleurs de la nuit. Les principes de la profession sont simples : on évite à tout prix de verser le sang, sauf pour protéger sa vie et sa liberté, et uniquement des policiers ; on ne vole que les métiers que l’on juge représentants et défenseurs de l’ordre social jugé injuste (les patrons, les juges, les militaires, le clergé), jamais les professions utiles (architectes, médecins, artistes, enseignants…). Un pourcentage de l’argent volé est reversé à la cause anarchiste et aux camarades dans le besoin. Loin de la pègre réactionnaire et individualiste, il s’agit clairement de s’attaquer à la propriété pour restaurer une justice sociale. Entre 1900 et 1903, ses équipes commettent de 150 à 500 cambriolages, à Paris, en province et même à l’étranger. « Travaux honnêtes et dignes » pour soutenir la cause anarchiste. Arrêté en 1903 à Abbeville, il déclare lors de son procès à Amiens : « Je n’ai ni feu, ni lieu, ni âge, ni profession. Je suis vagabond, né à Partout, chef-lieu Nulle-part, département de la Terre. » Condamné à perpétuité au bagne, il arrive début 1906 à Cayenne, d’où il ne tentera pas moins de 18 évasions. Libéré en 1927 grâce à la campagne menée par Albert Londres, il trouvera encore le moyen d’apporter son soutien à Sacco et Vanzetti ainsi qu’à Durutti, alors menacé d’extradition par la France. En 1936, il va à Barcelone, mais revient camelot sur les marchés du centre de la France, achète en 1939 une maison à Reuilly (Indre) et s’y marie en 1939. Après la mort de sa mère (1941) et de sa femme (1947), il vieillit entouré d’amis et de camarades de discussion. Le 28 août 1954, il met fin à ses jours en homme libre et conscient.

*Jean Luc Navette : Jean Luc Navette est un illustrateur et tatoueur lyonnais, passant du papier à la peau, ou de la peau au papier, il réussit toujours à raconter une histoire en un seul dessin, avec une maîtrise incroyable.  Ses deux derniers livres, Dernier été du vieux monde et Nocturnes sont parus chez Noire Méduse Éditions

**Libraire depuis quinze ans à Lyon (Grand-Guignol, Le Livre en Pente), Marco Jéru a travaillé auparavant comme journaliste interne aux éditions du Seuil et comme pigiste pour Libé-Lyon et Le Progrès. Il collabore actuellement au webzine Le Zèbre et au mensuel Arkuchi. L’histoire de l’anarchisme et du banditisme constitue un de ses champs de lecture de prédilection. Badass stories forever...

#4 – Olga Bancic

Olga Bancic, sérigraphie noir et or, format 30X30, par Ingrid Liman*

Olga Bancic est née en mai 1912 dans une famille juive de la province de Bessarabie, à Chișinău (Kichinev). À l’âge de 12 ans, elle participe à une grève dans l’usine de matelas où elle travaille. Elle est arrêtée et jetée en prison où elle est maltraitée. 5 ans plus tard, elle est à Bucarest où elle rejoint les Jeunesses Communistes. Après une condamnation de deux ans de prison pour ses activités politiques, la jeune femme quitte la Roumanie pour la France où elle suit des études de lettres. C’est aussi une période active durant laquelle elle participe à l’envoie d’armes aux Républicains espagnols. En 1939, elle épouse Alexandre Jar, ancien des Brigades Internationales, et donne naissance à une fille, Dolorès, prénommée ainsi en hommage à Dolores Ibárruri, pasionaria célèbre pour son slogan : ¡No Pasarán! Après l’invasion de la France en 1940, Olga Bancic confie sa fille à une famille française et s’engage dans l’organisation Francs-tireurs et partisans – main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI). Sous le nom de Pierrette, elle est chargée de l’assemblage des bombes et des explosifs, de leur transport et du convoiement des armes au sein du groupe Manouchian. En novembre 1943, le groupe est arrêté par les brigades spéciales ; vingt-deux hommes du groupe Manouchian sont fusillés le 21 février au fort du Mont-Valérien tandis qu’Olga est transférée en Allemagne. Incarcérée à Karlsruhe, puis transférée à Stuttgart, elle est décapitée à la prison de Stuttgart, le 10 mai 1944, elle avait trente-deux ans. Son mari, Alexandre Jar, qui échappe aux arrestations de novembre 1943, quitte les FTP-MOI et gagne la Roumanie après la Libération avec Dolorès. Pendant son transfert à la prison de Stuttgart, Olga Bancic jeta par une fenêtre une dernière lettre, datée du 9 mai 1944, qu’elle adresse à sa fille.

« Ma chère petite fille, mon cher petit amourTa mère écrit la dernière lettre, ma chère petite fille, demain à 6 heures, le 10 mai, je ne serai plus.
Mon amour, ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus. Je meurs avec la conscience tranquille et avec toute la conviction que demain tu auras une vie et un avenir plus heureux que ta mère. Tu n’auras plus à souffrir. Sois fière de ta mère, mon petit amour. J’ai toujours ton image devant moi.
Je vais croire que tu verras ton père, j’ai l’espérance que lui aura un autre sort. Dis-lui que j’ai toujours pensé à lui comme à toi. Je vous aime de tout mon cœur.
Tous les deux vous m’êtes chers. Ma chère enfant, ton père est, pour toi, une mère aussi. Il t’aime beaucoup.
Tu ne sentiras pas le manque de ta mère. Mon cher enfant, je finis ma lettre avec l’espérance que tu seras heureuse pour toute ta vie, avec ton père, avec tout le monde.
Je vous embrasse de tout mon cœur, beaucoup, beaucoup.
Adieu mon amour.
Ta mère. »

*Dessinatrice de bande dessinée et illustratrice de la région nantaise, Ingrid Liman est l’auteure de Une vie à écrire et de Hollywood Boulevard.

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#3 – Les Mujeres Libres

Sérigraphie, trois couleurs, format 30X30 de Lilas Cognet, dessinatrice et illustratrice lyonnaise, enseignante à l’École Émile Cohl.

Créée en avril 1936, les Mujeres Libres (les femmes libres) est une organisation féministe libertaire, active durant la révolution sociale espagnole et la guerre d’Espagne. Première organisation féministe en Espagne, elle s’attache à mettre fin au triple esclavage des femmes soumises à l’ignorance, au capital et aux hommes. Elles organisent l’approvisionnement des milices combattant les franquistes, apprennent à tirer et à sauter en parachute. Toutefois pour les Mujeres Libres, il n’était pas seulement question de s’opposer aux hommes, mais surtout de former et d’éduquer des individus conscients et de donner aux femmes les conditions de leur indépendance. C’est pourquoi ses membres, principalement issues de la classe ouvrière, mettent en place des campagnes d’alphabétisation, ouvrent une autoécole et des cours professionnels pour remplacer les hommes partis au front. En 1937, elles ne comptent pas moins de 20 000 adhérentes ! L’organisation se dissout dans les derniers jours de la République espagnole, après avoir connu la déception de ne pas être reconnu par la CNT comme une branche officielle du mouvement libertaire.

#2 – Phoolan Devi

Phoolan Devi, sérigraphie en format 30 x 30, et 3 couleurs, par Jérémie Guneau, dessinateur et illustrateur toulousain aux multiples talents, connaissant bien l’Inde, pour y avoir voyagé plusieurs fois.

Née en 1963 dans un village du nord de l’Inde, Phoolan Devi est issue d’une famille de basse caste. Mariée de force vers l’âge de 11 ans, elle est régulièrement battue et violée par son mari de 20 ans son aîné. Elle s’enfuit pour regagner son village et si le mariage est annulé, Phoolan Devi est devenue une paria. Vers l’âge de 20 ans, à la suite d’une dispute avec son cousin, elle est jetée en prison où elle est violée par ses geôliers. À peine est-elle sortie que son cousin tente à nouveau de s’en débarrasser en engageant une bande de Dacoïts, des bandits souvent paysans dépossédés de leur terre ou intouchables. Le chef de la bande la maltraite, mais un des Dacoïts, Vikram, la protège et abat son chef. Devenue l’amante de Vikram, Phoolan Devi intègre la bande qu’elle conduira même en menant des actions contre les propriétaires terriens qui profitent de leur condition pour humilier et violer impunément les femmes des basses castes. À la suite d’une querelle avec une bande rivale, Vikram est abattu et Phoolan Devi, capturée. Elle parvient cependant à s’échapper et à retrouver sa bande.

Son combat contre les riches la rendra célèbre dans l’état de l’Uttar Pradesh, le peuple voyant en elle un défenseur des opprimés. Et si elle devient l’ennemie publique numéro un, elle est également l’icône des basses castes.

Après deux ans de cavales, en 1983, elle accepte de se rendre sous plusieurs conditions. Un, elle ne sera pas condamnée à mort. Deux, sa famille obtiendra des terres et du travail. Trois, les hommes de sa bande ne seront pas condamnés à plus de huit années de prison. Alors seulement, lors d’une reddition publique à laquelle assistent plus de dix mille personnes, elle dépose son Mauser 303, non devant les autorités mais sous un portrait de Gandhi et une représentation de la déesse de la guerre Durga.

En 1994, après onze années de prison, Phoolan Devi est libérée, et devient députée en 1996.

En 2001, est abattu devant son domicile.

#1 – Capitaine de Haidouk

Une capitaine de Haidouk par Benjamin Flao, sérigraphie au format 30 x 30, trois couleurs.Il parait qu’en turc, hors la loi ou bandit se dit haydut. A partir du XIVe siècle, le mot s’est modifié en passant d’une frontière à l’autre pour devenir haidouk en Roumanie. Mais son sens a changé également : haydut, bandit pour les Ottomans devient un haidouk, un rebelle, dans les autres pays sous domination ottomane, ou simplement un bandit de grand chemin dans les pays d’Europe de l’Est. Ils sont, dans les pays sous domination ottomane, ce qu’était Robin des bois en Angleterre, rebelle à l’autorité en place mais généreux avec les pauvres. On devenait haidouk par conviction mais aussi pour survivre, manger à sa faim, échapper à la répression ou encore à l’enrôlement de force.

Benjamin Flao s’est inspiré de l’histoire de Floarea Codrilor (de Panaït Istrati : « Domnitza de Snagov ») pour faire ce portrait de cette femme capitaine de Haidouks, qui ont pour devise : la liberté ou la mort. L’auteur est scénariste, dessinateur de bande dessinée et s’est fait connaître avec ses magnifiques carnets de voyage : Carnets de Sibérie, mammuthus expéditions (2002) et Érythrée (2004). Depuis il a publié plusieurs bandes dessinées, toutes parues chez Futuropolis : La Ligne de fuite (2007) , Mauvais garçons (2009), Kililana song (2012 ,2013), Va’a, une saison aux Tuamotu (2014) et la dernière en date , Essence (2018). Il dessine également sur des spectacles « live » avec les groupes Chromb ou Blast et sur un spectacle crée avec la compagnie du théatre du Mantois : Black Boy d’après le livre de Richard Wright.


* Les Éditions la Poule rouge est une association à but non lucratif d’édition d’affiches en séries limitées en sérigraphie et parfois en tirage d’art numérique. Elle crée des collections d’affiches avec des artistes illustrateurs, dessinateurs et graphistes, jeunes et moins jeunes, connus ou pas, mais surtout, dont elle apprécie le travail. Toutes les affiches sont proposées à la vente, numérotées et signées. Contact : lapoulerouge.editions@gmail.com

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