Collection « Révolté(e)s, Rebelles et Hors la loi » de la Poule Rouge

De Géronimo à Monica Proietti, en passant par Jules Bonnot et Angela Davis, la collection Révolté(e)s, rebelles et hors la loi regroupe 24 portraits, par 24 artistes, de personnages qui, un jour, ont dit : «  Merde ! ». Oui, « Merde ! », en se révoltant contre l’autorité, contre un système, d’une façon violente pour certains, militante pour d’autres, souvent les deux. L’idée est née suite à la lecture de « Les bandits », livre dans lequel Eric Hobsbawn développe l’idée du banditisme social. Éditrice de la collection, La Poule Rouge* a souhaité étendre le principe du banditisme social à toutes les formes de résistance, unique issue possible pour toute cette galerie de personnages poussées à la marge de leur société.

Toutes les sérigraphies présentées ici sont en vente à la Poule Rouge.

#4 – Olga Bancic

Olga Bancic, sérigraphie noir et or, format 30X30, par Ingrid Liman*

Olga Bancic est née en mai 1912 dans une famille juive de la province de Bessarabie, à Chișinău (Kichinev). À l’âge de 12 ans, elle participe à une grève dans l’usine de matelas où elle travaille. Elle est arrêtée et jetée en prison où elle est maltraitée. 5 ans plus tard, elle est à Bucarest où elle rejoint les Jeunesses Communistes. Après une condamnation de deux ans de prison pour ses activités politiques, la jeune femme quitte la Roumanie pour la France où elle suit des études de lettres. C’est aussi une période active durant laquelle elle participe à l’envoie d’armes aux Républicains espagnols. En 1939, elle épouse Alexandre Jar, ancien des Brigades Internationales, et donne naissance à une fille, Dolorès, prénommée ainsi en hommage à Dolores Ibárruri, pasionaria célèbre pour son slogan : ¡No Pasarán! Après l’invasion de la France en 1940, Olga Bancic confie sa fille à une famille française et s’engage dans l’organisation Francs-tireurs et partisans – main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI). Sous le nom de Pierrette, elle est chargée de l’assemblage des bombes et des explosifs, de leur transport et du convoiement des armes au sein du groupe Manouchian. En novembre 1943, le groupe est arrêté par les brigades spéciales ; vingt-deux hommes du groupe Manouchian sont fusillés le 21 février au fort du Mont-Valérien tandis qu’Olga est transférée en Allemagne. Incarcérée à Karlsruhe, puis transférée à Stuttgart, elle est décapitée à la prison de Stuttgart, le 10 mai 1944, elle avait trente-deux ans. Son mari, Alexandre Jar, qui échappe aux arrestations de novembre 1943, quitte les FTP-MOI et gagne la Roumanie après la Libération avec Dolorès. Pendant son transfert à la prison de Stuttgart, Olga Bancic jeta par une fenêtre une dernière lettre, datée du 9 mai 1944, qu’elle adresse à sa fille.

« Ma chère petite fille, mon cher petit amourTa mère écrit la dernière lettre, ma chère petite fille, demain à 6 heures, le 10 mai, je ne serai plus.
Mon amour, ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus. Je meurs avec la conscience tranquille et avec toute la conviction que demain tu auras une vie et un avenir plus heureux que ta mère. Tu n’auras plus à souffrir. Sois fière de ta mère, mon petit amour. J’ai toujours ton image devant moi.
Je vais croire que tu verras ton père, j’ai l’espérance que lui aura un autre sort. Dis-lui que j’ai toujours pensé à lui comme à toi. Je vous aime de tout mon cœur.
Tous les deux vous m’êtes chers. Ma chère enfant, ton père est, pour toi, une mère aussi. Il t’aime beaucoup.
Tu ne sentiras pas le manque de ta mère. Mon cher enfant, je finis ma lettre avec l’espérance que tu seras heureuse pour toute ta vie, avec ton père, avec tout le monde.
Je vous embrasse de tout mon cœur, beaucoup, beaucoup.
Adieu mon amour.
Ta mère. »

*Dessinatrice de bande dessinée et illustratrice de la région nantaise, Ingrid Liman est l’auteure de Une vie à écrire et de Hollywood Boulevard.

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#3 – Les Mujeres Libres

Sérigraphie, trois couleurs, format 30X30 de Lilas Cognet, dessinatrice et illustratrice lyonnaise, enseignante à l’École Émile Cohl.

Créée en avril 1936, les Mujeres Libres (les femmes libres) est une organisation féministe libertaire, active durant la révolution sociale espagnole et la guerre d’Espagne. Première organisation féministe en Espagne, elle s’attache à mettre fin au triple esclavage des femmes soumises à l’ignorance, au capital et aux hommes. Elles organisent l’approvisionnement des milices combattant les franquistes, apprennent à tirer et à sauter en parachute. Toutefois pour les Mujeres Libres, il n’était pas seulement question de s’opposer aux hommes, mais surtout de former et d’éduquer des individus conscients et de donner aux femmes les conditions de leur indépendance. C’est pourquoi ses membres, principalement issues de la classe ouvrière, mettent en place des campagnes d’alphabétisation, ouvrent une autoécole et des cours professionnels pour remplacer les hommes partis au front. En 1937, elles ne comptent pas moins de 20 000 adhérentes ! L’organisation se dissout dans les derniers jours de la République espagnole, après avoir connu la déception de ne pas être reconnu par la CNT comme une branche officielle du mouvement libertaire.

#2 – Phoolan Devi

Phoolan Devi, sérigraphie en format 30 x 30, et 3 couleurs, par Jérémie Guneau, dessinateur et illustrateur toulousain aux multiples talents, connaissant bien l’Inde, pour y avoir voyagé plusieurs fois.

Née en 1963 dans un village du nord de l’Inde, Phoolan Devi est issue d’une famille de basse caste. Mariée de force vers l’âge de 11 ans, elle est régulièrement battue et violée par son mari de 20 ans son aîné. Elle s’enfuit pour regagner son village et si le mariage est annulé, Phoolan Devi est devenue une paria. Vers l’âge de 20 ans, à la suite d’une dispute avec son cousin, elle est jetée en prison où elle est violée par ses geôliers. À peine est-elle sortie que son cousin tente à nouveau de s’en débarrasser en engageant une bande de Dacoïts, des bandits souvent paysans dépossédés de leur terre ou intouchables. Le chef de la bande la maltraite, mais un des Dacoïts, Vikram, la protège et abat son chef. Devenue l’amante de Vikram, Phoolan Devi intègre la bande qu’elle conduira même en menant des actions contre les propriétaires terriens qui profitent de leur condition pour humilier et violer impunément les femmes des basses castes. À la suite d’une querelle avec une bande rivale, Vikram est abattu et Phoolan Devi, capturée. Elle parvient cependant à s’échapper et à retrouver sa bande.

Son combat contre les riches la rendra célèbre dans l’état de l’Uttar Pradesh, le peuple voyant en elle un défenseur des opprimés. Et si elle devient l’ennemie publique numéro un, elle est également l’icône des basses castes.

Après deux ans de cavales, en 1983, elle accepte de se rendre sous plusieurs conditions. Un, elle ne sera pas condamnée à mort. Deux, sa famille obtiendra des terres et du travail. Trois, les hommes de sa bande ne seront pas condamnés à plus de huit années de prison. Alors seulement, lors d’une reddition publique à laquelle assistent plus de dix mille personnes, elle dépose son Mauser 303, non devant les autorités mais sous un portrait de Gandhi et une représentation de la déesse de la guerre Durga.

En 1994, après onze années de prison, Phoolan Devi est libérée, et devient députée en 1996.

En 2001, est abattu devant son domicile.

#1 – Capitaine de Haidouk

Une capitaine de Haidouk par Benjamin Flao, sérigraphie au format 30 x 30, trois couleurs.Il parait qu’en turc, hors la loi ou bandit se dit haydut. A partir du XIVe siècle, le mot s’est modifié en passant d’une frontière à l’autre pour devenir haidouk en Roumanie. Mais son sens a changé également : haydut, bandit pour les Ottomans devient un haidouk, un rebelle, dans les autres pays sous domination ottomane, ou simplement un bandit de grand chemin dans les pays d’Europe de l’Est. Ils sont, dans les pays sous domination ottomane, ce qu’était Robin des bois en Angleterre, rebelle à l’autorité en place mais généreux avec les pauvres. On devenait haidouk par conviction mais aussi pour survivre, manger à sa faim, échapper à la répression ou encore à l’enrôlement de force.

Benjamin Flao s’est inspiré de l’histoire de Floarea Codrilor (de Panaït Istrati : « Domnitza de Snagov ») pour faire ce portrait de cette femme capitaine de Haidouks, qui ont pour devise : la liberté ou la mort. L’auteur est scénariste, dessinateur de bande dessinée et s’est fait connaître avec ses magnifiques carnets de voyage : Carnets de Sibérie, mammuthus expéditions (2002) et Érythrée (2004). Depuis il a publié plusieurs bandes dessinées, toutes parues chez Futuropolis : La Ligne de fuite (2007) , Mauvais garçons (2009), Kililana song (2012 ,2013), Va’a, une saison aux Tuamotu (2014) et la dernière en date , Essence (2018). Il dessine également sur des spectacles « live » avec les groupes Chromb ou Blast et sur un spectacle crée avec la compagnie du théatre du Mantois : Black Boy d’après le livre de Richard Wright.


* Les Éditions la Poule rouge est une association à but non lucratif d’édition d’affiches en séries limitées en sérigraphie et parfois en tirage d’art numérique. Elle crée des collections d’affiches avec des artistes illustrateurs, dessinateurs et graphistes, jeunes et moins jeunes, connus ou pas, mais surtout, dont elle apprécie le travail. Toutes les affiches sont proposées à la vente, numérotées et signées. Contact : lapoulerouge.editions@gmail.com

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